Retour sur la conférence autour des abus sexuels sur mineurs Enregistrer au format PDF

Mercredi 8 mai 2019
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Lundi 29 avril, s’est tenue une conférence publique organisée par le diocèse de Saint-Brieuc au lycée Sacré-Cœur (Saint-Brieuc) sur le thème « Les abus sexuels sur mineurs… Repérer, prévenir, agir » en présence de Mgr Luc Crépy, évêque du Puy-en-Velay et président de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie ; et de Olivier Savignac, victime d’abus sexuel.

Un témoignage poignant

Aujourd’hui âgé de 38 ans, Olivier Savignac parle sans détour de ce qu’il a vécu à l’âge de 13 ans, lors du premier camp MEJ auquel il participait. « Quand on n’a pas été soi-même victime, on ne peut pas comprendre le traumatisme », dit-il d’emblée.

Olivier Savignac a été abusé par le directeur du camp, qui s’était attribué le statut d’infirmier malgré un professionnel sur place. Durant les deux semaines de camp, une dizaine de jeunes garçons subiront les gestes de ce directeur, clerc de son état.

« Malgré les alertes des animateurs, il n’a pas a été renvoyé, juste déplacé dans un autre camp de jeunes. Pour ma part, ce traumatisme a pris la forme du déni ». Olivier Savignac ne parlera à personne des agissements de ce directeur, pas même à un abbé qui deviendra son accompagnateur spirituel une fois au lycée. « J’apprendrai douze ans plus tard par des jeunes qu’ils avaient été abusés par ce dernier alors que j’avais mis toute ma confiance en lui ».

Le silence dans l’amphithéâtre est assourdissant. « J’avais alors le choix de soit tomber dans la folie, soit persévérer dans la foi. Ce fut un enfer… réellement un enfer ». Cela ne s’arrête pas là, lorsque il découvre que son propre « bourreau a été nommé expert sur les questions de pédophilie. Ce fut une nouvelle trahison ».

Avancer dans la confiance dans la lutte contre la pédocriminalité dans l’Eglise

Luc Crépy, évêque du Puy-en-Velay - président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie de la Conférence des évêques de France

Plan de la conférence

Introduction : la pédocriminalité dans l’Eglise : une crise grave qui atteint tous les baptisés

« La crédibilité de l’Église a été profondément remise en question et affaiblie par ces péchés et ces crimes, mais plus encore par la volonté de vouloir les dissimuler et de les cacher, ce qui a engendré un sentiment croissant d’incertitude, de méfiance et de manque de protection parmi les fidèles. L’attitude de dissimulation, comme nous le savons, loin d’aider à résoudre les conflits, leur a permis de se perpétuer et de blesser plus profondément le réseau de relations que nous sommes aujourd’hui appelés à assainir et à restaurer. » (Pape François)

A. Une exigence de vérité

A.l. À l’écoute des personnes victimes de pédocriminalité

« Il n’est pas besoin de redire le scandale que représentent tous les abus sexuels sur mineurs et personnes vulnérables commis par des clercs. Un seul acte est inadmissible, intolérable ; la multiplicité de ceux-ci ne fait que renforcer cet état de scandale que ressentent légitimement nos concitoyens et parmi eux les catholiques. » (Pape François) « La primauté de la parole des personnes victimes dans la prise en compte du drame des abus sexuels dans l’Église est sans doute le premier message de ce sommet. Toute notre Église, depuis nos paroisses jusqu’au Vatican, doit comprendre que la souffrance vécue et exprimée par les personnes victimes est fondatrice de notre action pour aujourd’hui et pour demain. Écouter ces personnes mais aussi les accompagner dans leur douloureux chemin de vie est le premier devoir de I Église. Mais ce n’est aussi qu’avec elles que nous pourrons travailler pour que l’Église devienne véritablement une « maison sûre. » (Mgr G. Pontier, Pdt de la CEF)

A.2. Comprendre la gravité de la pédocriminalité A.3. Justice et transparence

« Un sérieux irréprochable : je voudrais redire ici que « l’Eglise ne se ménagera pas pour faire tout ce qui est nécessaire afin de livrer à la justice quiconque aura commis de tels délits. L’Eglise ne cherchera jamais à étouffer ou à sous-estimer aucun cas. » (Pape François) « Aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants : Vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet. » (Benoît XVI)

A.4. L’exercice de la toute-puissance au sein de l’Eglise

« Il est donc difficile de comprendre le phénomène des abus sexuels sur les mineurs sans considérer le pouvoir, étant donné qu’ils sont toujours la conséquence de l’abus de pouvoir, l’exploitation d’une position d’infériorité de l’être abusé sans défense qui permet la manipulation de sa conscience et de sa fragilité psychologique et physique. L’abus de pouvoir est présent aussi dans les autres formes d’abus dont sont victimes presque quatre-vingt-cinq millions d’enfants oubliés de tous : les enfants-soldats, les mineurs prostitués, les enfants sous-alimentés, les enfants enlevés et souvent victimes du monstrueux commerce des organes humains, ou transformés en esclaves, les enfants victimes des guerres, les enfants réfugiés, les enfants avortés, et ainsi de suite. […] ‘Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise — si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience — comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, maïs tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple”. Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux- mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. » (Pape François)

B. Une exigence de crédibilité

« L’inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l’Église, parce qu’en contradiction avec son autorité morale et sa crédibilité éthique. » (Pape François) « Nous voulons que toutes les activités et les lieux de l’Eglise soient toujours pleinement sûrs pour les mineurs ; que soient prises toutes les mesures possibles pour que de tels crimes ne se répètent plus ; que l’Eglise redevienne absolument crédible et fiable dans sa mission de service et d’éducation des petits, selon l’enseignement de Jésus. De cette façon nous saurons collaborer de tout notre cœur et avec efficacité, avec toutes les personnes de bonne volonté et toutes les composantes et les forces positives de la société, dans tous les pays et au niveau international, pour que l’on combatte jusqu’au bout dans toutes ses formes, le très grave fléau de la violence à l’égard de de centaines de millions de mineurs, de petites filles et de petits garçons, d’adolescentes et d’adolescents, dans le monde entier. » (Pape François, Angelus du 24/02/19)

B.1. L’Eglise a « bougé » $ Au niveau de l’Eglise universelle $ En France

B.2. Des mesures concrètes dans l’Eglise en France

$ Prendre soin des personnes victimes $ Formation, prévention, information $ Dernières mesures prises lors de l’assemblée plénière des évêques à Lourdes en novembre 2018

B.3. Ne pas renoncer au travail éducatif mais mettre en œuvre une bientraitance des enfants et des jeunes.

Conclusion : Persévérance, vigilance et confiance

« Sans ce regard de foi, tout ce que nous pourrions dire ou faire serait inutile. Cette certitude est incontournable pour regarder le présent sans le fuir mais avec audace, avec courage maïs sagesse, avec ténacité mais sans violence, avec passion mais sans fanatisme, avec constance mais sans anxiété, pour changer ainsi tout ce qui, aujourd’hui, peut mettre en danger l’intégrité et la dignité de toute personne. En effet, les solutions nécessaires exigent que l’on affronte les problèmes sans se laisser piéger ou, pire encore, sans répéter les mécanismes qu’ils veulent éliminer. » (Pape François)

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