Pape François et l’Epiphanie Enregistrer au format PDF

Vendredi 8 janvier 2021 — Dernier ajout mardi 12 janvier 2021
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Adorer le Seigneur suppose de « lever les yeux » vers Lui en veillant à ne pas se laisser « emprisonner par les fantasmes intérieurs qui éteignent l’espérance », a expliqué le pape François lors de son homélie prononcée à l’occasion de la fête de l’Épiphanie, ce mercredi 6 janvier, en la basilique Saint-Pierre de Rome.

Épiphanie : se libérer de la "dictature du moi" pour adorer le Seigneur

Adorer le Seigneur à la manière des Mages n’est ni « facile » ni « immédiat » et exige une maturité spirituelle, a commenté le pape François, ce mercredi 6 janvier, en la fête de l’Épiphanie. L’être humain a un besoin naturel d’adorer, a-t-il expliqué, et s’il n’adore pas Dieu, il adorera des idoles : au lieu d’être croyant, il deviendra idolâtre. « Qui n’adore pas Dieu adore le diable », a-t-il ajouté.

Chaque chrétien doit donc consacrer « plus de temps à l’adoration », a exhorté le pontife en insistant sur le caractère « sérieux » de cette prière. L’acte d’adoration suppose d’abord de « lever les yeux vers Dieu », a-t-il poursuivi, « de ne pas se laisser emprisonner par les fantasmes intérieurs qui éteignent l’espérance, et ne pas faire des problèmes et des difficultés le centre de l’existence ». Il s’agit d’ « une invitation à mettre de côté la fatigue et les plaintes, (…) à se libérer de la dictature du moi, toujours enclin à se replier sur soi-même ».

Seul le Seigneur est digne d’être adoré

Un tel comportement ne revient nullement à nier la réalité, a précisé le pontife mais consiste plutôt à « regarder d’une manière nouvelle les problèmes (…) en sachant que le Seigneur connaît nos situations difficiles, écoute attentivement nos invocations et n’est pas indifférent aux larmes que nous versons ». « Quand nous levons les yeux vers Dieu, les problèmes de la vie ne disparaissent pas, mais nous sentons que le Seigneur nous donne la force nécessaire pour les affronter ».

La peur envahit le cœur et le désoriente.

Ce regard confiant produit la gratitude filiale, a considéré le pape François. À l’inverse, lorsque nous fixons l’attention exclusivement sur les problèmes, « la peur envahit le cœur et le désoriente, donnant lieu (…) à l’angoisse, à la dépression ». Lorsqu’une telle situation survient, il faut avoir le courage de « briser le cercle de nos conclusions acquises, sachant que la réalité est plus grande que nos pensées ».

L’attitude d’adorateur suppose également de « se mettre en voyage » et donc de se laisser transformer par un cheminement, a poursuivi l’évêque de Rome. À cet égard, il a fait remarquer que les échecs, les crises, les erreurs ou encore les péchés « servent très souvent à nous rendre conscients que seul le Seigneur est digne d’être adoré, parce que c’est seulement lui qui comble le désir de vie et d’éternité présent au plus profond de chaque personne ». On devient donc « adorateurs du Seigneur au moyen d’un cheminement graduel », a-t-il explicité, et celui qui se laisse modeler par la grâce s’améliore avec le temps.

La vie est un voyage vers Celui qui nous aime

À l’exemple des Mages, le primat d’Italie a donc invité à se laisser « instruire par le cheminement de la vie, marqué par les difficultés inévitables du voyage ». En effet, « la vie n’est pas une démonstration d’habileté, mais un voyage vers Celui qui nous aime (…) : en regardant vers le Seigneur, nous trouverons la force pour progresser avec une joie renouvelée », a-t-il exprimé. Il ne s’agit donc pas de passer sa vie à regarder « la carte des vertus » que nous possédons mais de revenir sans cesse au Seigneur.

L’attitude d’adoration des Mages, a enfin souligné le 266e pape, doit aussi conduire chacun « à voir au-delà du voile du visible, qui souvent se révèle trompeur ». Devant ce tout petit enfant, cette « scène si humble et presque insignifiante », les Mages ont su voir la présence d’un souverain, à l’inverse d’Hérode qui n’a pas su poser un tel regard. Les Mages nous invitent en ce sens au « réalisme théologal », c’est-à-dire à « percevoir avec objectivité la réalité des choses, en parvenant finalement à la compréhension que Dieu fuit toute ostentation ».

Moins de 150 personnes ont assisté à cette messe que le pape François a présidée depuis l’autel de la chaire de Saint-Pierre. Quelque 20 cardinaux étaient également présents.