Notre société est-elle fraternelle ? Enregistrer au format PDF

Lundi 12 octobre 2020
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Violences, catastrophes naturelles, bioéthique…

Déclaration du Conseil permanent de la Conférence des Évêques de France

1 - Le Conseil permanent des évêques de France, réuni les 5 et 6 octobre 2020, salue la publication de l’encyclique « Fratelli Tutti, Tous frères ». Le pape François nous y offre un grand texte. La foi en Dieu créateur et père de tous nous fait reconnaître en tous les êtres humains des frères et des sœurs à recevoir librement et joyeusement. La fraternité n’est pas seulement un sentiment ou un impératif moral : elle est une attitude globale qui se vit dans tous les domaines de l’existence. Elle est alors très exigeante, elle bouleverse les constructions sociales, mais elle est source de joie et de vie. L’encyclique appelle notre monde globalisé à ne pas se limiter à l’horizon des mécanismes économiques ou politiques mais à choisir la fraternité avec les pauvres comme perspective d’une politique et d’une économie qui fassent grandir l’humanité. Les diocèses et les paroisses auront à cœur de favoriser et d’accompagner la réception de ce texte.

2 - La publication de l’encyclique vient à point nommé pour notre pays, au moment où les autorités publiques s’inquiètent de l’action de groupes qui voudraient soustraire certains quartiers de nos villes aux lois qui régissent notre société. La lutte contre la violence et la surveillance des comportements sont sans doute nécessaires, mais elles resteront insuffisantes et impuissantes, si tous, nous ne travaillons pas à construire des relations de fraternité sans lesquelles la liberté et l’égalité perdent leur sens. La fraternité peut être plus forte que les menées séparatistes, si elle est vécue en vérité, sans naïveté et avec constance. Des lieux de culte chrétiens subissent de plus en plus en souvent des dégradations et, parfois même, des profanations. Des mosquées, des synagogues, des cimetières juifs également, nous ne l’oublions pas. Des personnes sont moquées et parfois agressées et même tuées, en raison de leur appartenance religieuse réelle ou supposée. Les évêques du Conseil permanent regardent avec attention les mesures prises par le gouvernement. Mais une culture du respect, de la connaissance mutuelle, de l’acceptation des autres, ne grandit pas par des injonctions. Les communautés chrétiennes sont appelées par l’encyclique du pape François à trouver un dynamisme nouveau dans cette direction. L’approfondissement de la foi va de pair avec une ouverture de cœur et d’esprit plus grande.

3 - Dans quelques jours, le Sénat reprendra la discussion de la révision des lois de bioéthique. Les évêques de France ont, depuis longtemps, fait part de leur inquiétude devant les dispositions du texte voté par l’Assemblée nationale. Depuis quelques semaines, la pression monte à l’Assemblée nationale pour que soient allongés encore les délais de l’avortement sous couvert de droits des femmes et d’égalité, on réduit la filiation à un simple acte de la volonté de ceux ou de celles qui prétendent devenir parents. Un enfant n’est plus accueilli, il est désiré, produit et choisi. Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle n’a rien de mieux à proposer aux mères en détresse que l’élimination de l’enfant qu’elles portent ? Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle organise la naissance d’enfants qui n’auront pas de père, tout au plus un géniteur ? Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle renonce à reconnaître les rôles de la mère et du père, lorsqu’elle ne reconnaît plus que le lieu digne de l’engendrement d’un être humain est l’union corporelle d’un homme et d’une femme qui ont choisi d’unir leur vie pour créer un espace d’alliance et de paix au milieu de ce monde magnifique et dangereux ? Les évêques du Conseil permanent encouragent les parlementaires qui prennent ces sujets au sérieux ; ils invitent tous les citoyens, spécialement les catholiques, à s’informer de ces sujets et à faire connaître leurs réticences et leur opposition aux dispositions annoncées. Notre société ne doit pas se laisser entraîner subrepticement dans une voie dangereuse pour l’avenir de l’humanité.

4 - Le pape François nous le rappelle avec force : quoi qu’il en soit des lois, quoi qu’il en soit de la manière dont un être humain vient au monde, chacun, chacune est à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’Église catholique accueille tout être humain, quelle que soit son origine et quelles que soient ses opinions, avec respect et espérance. Elle s’émerveille de tout acte de fraternité réelle : ils ont été nombreux pendant le confinement et ils le sont, en ce moment même dans les Alpes-Maritimes durement frappées. Quoi qu’un être humain ait fait, un chemin vers le Père lui est ouvert et il vaut toujours la peine de prendre ce chemin.

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France
Le 06 octobre 2020

Appel de Mgr Denis Moutel

Chers amis,

Nous avons reçu le 4 octobre, en la fête de Saint-François d’Assise, l’encyclique Fratelli Tutti, Tous frères, du pape François, qui est un très grand texte.

Nous en découvrirons petit à petit la beauté et les fortes exigences concrètes.

Les évêques de France viennent de publier (par leur conseil permanent) une déclaration qui se fait l’écho de la parole forte du pape. Je souhaite vous la transmettre pour que vous puissiez en prendre connaissance et la partager autour de vous.

Je demande que cette déclaration soit mise à la disposition des fidèles par tous les moyens appropriés (sites internet, réseaux sociaux, bulletins, imprimés). Merci de laisser ce document à la disposition des paroissiens, à la sortie des messes du dimanche 11 octobre.

Je vous invite à porter une attention particulière à la 3e partie, qui porte sur le respect de l’enfant à naître et la bioéthique. En ce moment, la pression monte au Parlement pour allonger les délais de l’avortement et achever une révision des lois de bioéthique qui nous éloigne de plus en plus du respect de la dignité de la personne humaine.

« Un enfant n’est plus accueilli, il est désiré, produit et choisi. Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle n’a rien de mieux à proposer aux mères en détresse que l’élimination de l’enfant qu’elles portent ? »

Il est urgent de réveiller nos consciences, de nous informer et de témoigner. Il est urgent aussi d’accueillir toute personne, surtout si elle est en détresse, et de l’accompagner concrètement dans le non-jugement et dans l’espérance.

En vous remerciant, je vous assure de ma profonde communion ce dimanche 11 et aussi le 10.

Bien fraternellement.

+ Denis MOUTEL
Évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

Pour aller plus loin :
Société fraternelle