Mois de Marie : J5 Enregistrer au format PDF

Lundi 4 mai 2020
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Les larmes de Marie

Les artistes ont souvent représenté Marie pleurant. Aux voyants de La Salette, elle cache son visage dans ses mains et elle pleure sur les péchés des hommes.

Les Évangiles, eux, ne parlent pas de Marie en larmes. Simplement, si l’on peut dire, saint Luc rapporte les paroles du prophète Syméon à l’occasion de la Présentation de Jésus au Temple. Paroles énigmatiques et terrifiantes pour la jeune maman : « A cause de cet enfant, un glaive te transpercera l’âme ». (Luc 2, 34-35)

Tu connais le vocable de Notre-Dame des Douleurs. Spontanément, il fait penser à la mort atroce de Jésus. C’est juste, mais est-ce suffisant pour bien rejoindre la passion de Marie ?

Il y a les larmes qui coulent des yeux et que l’on voit couler. Mais il y a aussi les larmes du dedans, du profond du cœur, de l’âme pour reprendre les paroles de Syméon, c’est-à-dire de la personne tout entière.

Mater dolorosa - Pedro Roldan

As-tu vraiment remarqué que les larmes viennent des yeux, sont reliées à ce qu’on voit aussi bien avec nos yeux de chair qu’avec les yeux du cœur ? Je voudrais t’aider à entrer, en quelque sorte, dans le regard de Marie, mère de l’humanité.

Réfléchis. Par sa Conception Immaculée, Marie est toute pure. Retiens le « toute ». Savons-nous bien, nous, ce que c’est que la pureté ? Surement pas ! Par contre, nous connaissons, sans l’avoir appris nulle part, les mille formes possibles de l’impureté. Jugements. Jalousies. Critiques. Médisances. Pensées troubles. Attitudes. Paroles méchantes. Rancœurs…

Le regard de Marie

Ce qu’elle voit, d’emblée, c’est Dieu. Dieu toujours. Dieu partout. Dieu hier. Dieu aujourd’hui. Dieu demain.
Relis lentement le Magnificat. Dans ce chant, que dit-elle, Marie ? (Luc 1, 46-56).

Elle voit Dieu penché sur elle et elle voit les merveilles de sa Présence en elle. Ensuite, elle voit le plan d’amour de Dieu sur l’humanité. Cet amour s’étend d’âge en âge. Il déploie sa puissance. Il disperse les orgueilleux. Il renverse les puissants. Il élève les humbles. Il comble les affamés. Il renvoie les riches. Il relève. Il se souvient de sa promesse… à jamais.

Cependant, Marie a vu aussi les conséquences du péché dans la vie de son entourage : mauvaises paroles, refus de pardonner, vengeances, injustices, avarices, mépris des petits…

Toute pure qu’elle était, elle n’avait absolument aucune complicité avec ces manières de dire et de faire. Mais elle constatait. Ce qui en résultait. Elle ne comprenait pas. Mais elle voyait que le péché abîmait chacun personnellement et contribuait à rendre difficiles toutes les relations, dans le couple, dans la famille, dans le travail. Partout.

Elle ne comprenait pas. Elle avait mal. Elle avait mal à tous ceux dont elle percevait intuitivement, au fil des jours, que maman de son Jésus, elle était aussi mère de ceux pour qui Jésus mourrait un jour. Elle pleurait sur lui. Elle pleurait sur nous.

Le regard de Marie c’est tout cela. Une louange incessante à cause de son Dieu. Une souffrance qui lui broyait le cœur à cause de ses enfants qui font mal, qui ont mal, qui sont malheureux, qui ne savent pas – pas encore, pas toujours, pas assez – l’Amour de Dieu penché sur eux.

vendredi 6 novembre 2009
par P. Pierre de Couëssin (†),
recteur du sanctuaire Notre-Dame de Toute Aide

Une prière

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s’amusent au parterre
Et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s’ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent
Je vous salue, Marie.

Par les gosses battus, par l’ivrogne qui rentre
Par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l’humiliation de l’innocent châtié
Par la vierge vendue qu’on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue, Marie.

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids
S’écrie : « Mon Dieu ! » par le malheureux dont les bras
Ne purent s’appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu’il traîne
Je vous salue, Marie.

Par les quatre horizons qui crucifient le monde
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains
Par le malade que l’on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins
Je vous salue, Marie.

Par la mère apprenant que son fils est guéri
Par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid
Par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée
Par le baiser perdu par l’amour redonné
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie
Je vous salue, Marie

Georges Brassens a chanté avec talent ce poème de Francis Jammes (1868-1938), poète français du pays basque, romancier, dramaturge et critique.
Dans une parfaite fidélité à la prière du Rosaire, Francis Jammes inscrit les mystères douloureux dans la salutation à Marie. Mais dans une parfaite vérité aussi, il rattache la douleur divine à la douleur humaine.
Nous écouterons Georges Brassens une autre fois…

Le chapelet

Nous pouvons nous joindre au chapelet récité à Lourdes sur KTO ou à la radio sur RCF à 15h30.

Nous sommes mardi et nous prions les mystères douloureux : là se trouve le point culminant de la révélation de l’amour, là aussi la source de notre salut :

  • L’agonie de Jésus à Gethsémani
  • La Flagellation
  • Le couronnement d’épines
  • La montée au Calvaire
  • La mort sur la Croix
Piétà (diffusée par Pixabay sans indication d’origine)

Une intention

Ô Marie, portez à votre Fils nos prières pour ceux qui souffrent physiquement et/ou moralement, dans la maladie ou la solitude, à l’hôpital, dans les EHPAD, à la maison, et tous ceux qui sont victimes du Covid-19.

Un chant

Dei Amoris Cantores

L’illustration

Pedro Roldán est né à Séville en 1624. À l’âge de quatorze ans, il s’installe à Grenade où il fait son apprentissage chez Alonso de Mena . En 1642, il contracte le mariage avec Teresa de Jesús Ortega et Villavicencio, qui était probablement la nièce de son maître Alonso de Mena. En 1646, Alonso de Mena décède, laissant Bernardo de Mora à la tête de l’atelier. Roldán part pour Séville à cette époque.

En 1660, il commence à donner des cours de représentation de sculptures en tant que professeur à l’Académie des arts fondée par Bartolomé Esteban Murillo . Au cours de ses dernières années, il a créé un grand studio où il a collaboré avec des membres de sa famille (ses enfants et ses gendres) et ses étudiants. L’atelier a conçu et construit des retables sculptés et polychromes , réalisant des projets dans des lieux aussi éloignés que Cadix , Jerez de la Frontera , Córdoba et Jaén . Il meurt en 1699 et est enterré dans la crypte de l’église Saint-Marc (Iglesia de San Marcos) à Séville.

Cette Mater Dolorosa est au musée de Berlin.