Le nouveau chœur de la cathédrale Saint-Tugdual : pierre et symboles Enregistrer au format PDF

Vendredi 15 mars 2019 — Dernier ajout jeudi 9 mai 2019
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Ce n’est peut-être pas très convenable de croire au Père Noël pour un curé ! N’empêche qu’un (très) gentil paroissien a laissé à sa mort à l’abbé Caous une belle enveloppe « pour l’église de Tréguier ». Un anonyme qui aimait faire de telles surprises devait être un homme merveilleux… Il a fallu tout de même que les paroissiens y mettent un peu du leur pour le dernier tiers… Pas de subventions, malheureusement.

La moquette du chœur était tachée, le (petit) autel était en fait une console (du XVIIIe quand même) mais dont la jumelle ne se consolait pas de ne pas en être, la surface était un peu exiguë pour les grandes cérémonies et le bel autel du fond était un peu caché.

Petit à petit, (enfin, deux ans tout de même), la réflexion a mûri. Il fallait réunir l’avis de nombreux experts, architectes, de la Commission d’art sacré diocésaine, suivre les recommandations de la DRAC et des Bâtiments de France, l’avis de la municipalité, et informer les paroissiens. Finalement, le projet a pris forme et Guillaume Caous a choisi que les travaux, préparés et suivis par Pierre-Marie Péret, paroissien-architecte de la Roche-Derrien, se fassent pendant le Carême, pendant que nous pèlerinions à travers la paroisse. Pierre Malissin (Atelier saint Thomas) a assuré toute la taille de pierre et la manutention (les saints Yves et Tugdual), et Christian Bloas, la menuiserie.

Pierre-Marie Péret a une approche très « spi » à propos de l’autel. Après avoir vu dans une carrière un gros bloc de granite, brut sur sa face avant, il a compris que c’était à partir de là qu’il fallait réfléchir : le soubassement de l’autel, lourd, massif, sorti de la gangue, représente le peuple de Dieu. La table, lisse, aérienne, légère évoque la divinité et le sacrifice que nous allons offrir. Vous comprenez bien qu’avec Guillaume Caous, ces deux-là allaient bien s’entendre !

l'accueil de saint Tugdual -  voir en grand cette image
l’accueil de saint Tugdual

Voici les grands changements :

  • saint Tugdual et saint Yves nous accueillent maintenant avec bienveillance à la croisée du transept, lorsque nous entrons par la porte des cloches.
  • l’ambon, fixe, à l’avant du chœur car prae dicare, c’est parler devant et la foi naît de la prédication : « La foi naît de ce qu’on entend dire et ce qu’on entend dire vient de la parole du Christ » (Rm 10, 17). La parole de Dieu n’en sera que plus forte, proclamée depuis ce lutrin de pierre.
à l'aube de la réflexion -  voir en grand cette image
à l’aube de la réflexion
l'autel, il manque encore le dernier emmarchement -  voir en grand cette image
l’autel, il manque encore le dernier emmarchement
  • l’autel, fixe également, en granit blanc pour le soubassement et noir pour la table (un petit clin d’œil au tombeau de Monsieur saint Yves), d’une taille proportionnée à celle de notre cathédrale. La pierre brute évoque l’indication de la Bible : « Si tu me fais un autel de pierre, ne le bâtis pas de pierres taillées, car, en le travaillant au ciseau, tu le profanerais » (Ex 20, 25). Vous aviez vu dans la presse l’entrée remarquée de cet autel et sa mise en place. Adieu, les déménagements du petit autel en bois que l’on poussait négligemment lors de concerts ! Un autel est (con)sacré.

Cet autel domine : « c’est la pierre angulaire sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber » (1 Pierre, 2, 4-10), la pierre de fondation où est livré le sacrifice, à l’entrée du chœur, comme l’autel au temple de Jérusalem à l’entrée du sanctuaire.

  • le chœur, beaucoup plus vaste, a été abaissé. Ensuite, le grand espace, bordé de stalles, c’est le saint, vide, où Dieu se cache, interpellé de toute part par la louange de son église qui se renvoie la parole, comme les anges dans le ciel (évoqués sur la voûte). Au fond, le saint des saints, le lieu de la présence de l’alliance nouvelle dans le saint Sacrement, vers qui tout converge, comme nous rappelle le marquage du parquet. Le sacrifice nous fait donc entrer dans le sanctuaire.
  • Et l’autel avance un peu vers la nef, cela évoque aussi le lieu saint : « Je vais faire un détour pour voir  », (Ex 3, 3) disait Moïse en contemplant le buisson ardent. Les touristes et nous autres ne pourront plus passer « tout droit ». Nous penserons peut-être à saluer Notre Seigneur !
  • la cathèdre est supprimée pour les célébrations ordinaires, remplacée par une pierre de présidence, qui évoque les pierres où saint Yves aimait se reposer, siéger ou se mettre debout pour prêcher à tous.

Voilà, vous savez tout. Alors venez à la consécration de ce nouvel autel, lors de la messe chrismale du mardi saint, le 16 avril prochain. Ce sera une très belle cérémonie, pleine de symboles très riches pour nous aider à prier.

Guillaume Caous, curé, et la paroisse Saint-Tugdual

Voir les photos :

L’entrée de l’autel et de l’ambon (reportage du Télégramme) :
entrée du nouvel autel

Un reportage réalisé tous les 2 jours :
les travaux à la cathédrale

La fin du reportage, parce qu’il manque à ce jour encore beaucoup d’éléments, vous le verrez en venant à la cathédrale !