Le mystère pascal Enregistrer au format PDF

Lundi 6 avril 2020
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Pour méditer sur le mystère pascal, beaucoup d’œuvres d’art de nos églises et chapelles nous aident. Le retable de l’église de Confort est particulièrement intéressant.

(Extrait du Mouezh Sant Tugdual, n°124, avril 2020)

Cette magnifique chapelle est commencée en 1523, par commande de Jehan du Perrier de Coetgonien. Achevée en 1537, elle offre un mobilier remarquable par son antiquité, autant que par sa qualité d’exécution. Le retable en bas-relief vaut le détour, dès que le confinement nous rendra la liberté des promenades.

En attendant, M. Bègne, photographe du service de l’Inventaire du Patrimoine de la région, nous a confié un cliché, afin de pouvoir entrer dans l’intelligence de cette œuvre.

Plus ancien que les retables baroques assez courants dans nos églises, le retable de Confort les précède d’un siècle environ. C’est le plus ancien retable de notre paroisse. Le tabernacle est un ajout moderne, au moment de l’érection de la chapelle en église en 1920. Les tabernacles tels que nous les connaissons sont une invention du concile de Trente afin de mettre en valeur la réserve eucharistique et de favoriser l’adoration, en dehors de la messe. Auparavant, il y avait, dans le mur près de l’autel, un sacraire qui conservait à la fois la réserve eucharistique et les saintes huiles ; il y en a un particulièrement beau, avec huisseries d’origine, à Lézardrieux.

En sept panneaux, le sculpteur dit notre merveilleuse adoption : c’est le mystère de la nouvelle création dans le Christ Jésus. De part et d’autre des 5 scènes traditionnelles de la passion (condamnation à mort, chemin de croix, crucifixion, mise au tombeau et résurrection), le sculpteur fait figurer la naissance de Jésus et l’Assomption de Marie : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. En Marie, c’est toute l’humanité qui est promise à la vie éternelle près du Dieu trois fois saint.

À la messe, cette transformation se fait déjà en sacrement. Les décorations en forme de rideau de spectacle ou de dais au-dessus des panneaux soulignent ce qui se donne à voir dans les mystères de la liturgie. Sur la table d’autel est offert le sacrifice eucharistique, le don du Christ à notre Père du Ciel. L’ensemble est éclairé par la grande fenêtre qui s’ouvre au levant ; cette lumière blanche rappelle la présence de Dieu notre Père qui s’est fait connaître en son Fils Jésus. Le retable qui fait face aux fidèles leur permet de saisir d’un seul coup le mystère célébré.

Simon de Cyrène porte le chaperon et les couleurs ecclésiastiques, dues à une polychromie plus tardive, que nous retrouvons souvent dans l’iconographie de saint Yves, comme un clin d’œil à celui qui a si bien suivi et servi son maître dans la célébration de sa passion et sa vie donnée aux autres.

La scène de la crucifixion, où l’homme est renvoyé à la proposition de la foi semble montrer, entre autres, Pierre, qui s’apprête à couper l’oreille de Malcus, alors qu’il joue aux dés la tunique du Christ. Un des soldats a aussi des allures de Paul, avec son bonnet juif, qui se cache la face comme lorsqu’il a été ébloui sur le chemin de Damas, Marie en prière, Jean, Madeleine, la courtisane en pleurs : une foule au pied de la croix où chacun peut se retrouver dans l’un ou l’autre des personnages.

Les motifs décoratifs, les cariatides et les colonnes, reprises de l’antiquité, sont typiques de la Renaissance où l’humanisme disait la confiance dans cette recréation acquise dans le Christ. Le retable repose sur une frise plus récente qui réunit les noms de la sainte Famille, dévotion caractéristique de la période baroque : c’est la grande famille chrétienne dont nous sommes désormais, signifiée dans ces rameaux volubiles. Le macaron de Jésus s’est retrouvé doublé, en atteste la polychromie, lors de l’ajout du tabernacle, mais qui reste l’unique olivier franc sur lequel nous sommes greffés et dont la sève de l’Esprit nous est donnée dans l’eucharistie.

Ainsi, par la foi, le chrétien est ramené au mystère pascal : avec les pieds de la foi, il monte avec Jésus au calvaire, s’offre en lui, pour ressusciter avec lui. En recevant le pain du ciel, nous assimilons cette vie donnée pour mieux nous donner à notre tour. Cette année nous serons peut-être privés des liturgies pascales, mais chaque messe célèbre Pâques et fait de nous des ressuscités.