Homélie de l’abbé Francis Morcel Enregistrer au format PDF

Mercredi 22 mai 2019 — Dernier ajout vendredi 24 mai 2019
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Homélie pour la fête de Saint Yves le 19 mai 2019 à la cathédrale de Tréguier à 11 h 45
Le commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres ».

Evangile : Jean 13, 31 – 33 a 34 – 35 : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres. »

L’évangile de ce jour est un texte magnifique. Il est important de noter que c’est au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples qu’il prononce ces paroles… un peu comme un testament. Ce passage commence par la question de la glorification à laquelle Jésus est destiné. Aussi curieux que cela puisse paraître, la croix est le lieu de la gloire du Christ. La gloire du Fils rend gloire au Père qui donne au Fils la force d’aimer jusqu’au bout.

C’est à ce moment qu’il livre son commandement nouveau : « c’est de vous aimer les uns les autres. » « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » Faut-il d’ailleurs parler de commandement. Cet appel à nous aimer les uns les autres n’est pas du côté de l’obéissance à un ordre comme dans une armée, c’est de l’ordre de la rencontre d’une personne qui la première a manifesté son amour et qui est à la source de tout amour.

L’amour fraternel qui caractérisera les disciples est ainsi fondé sur la personne, l’être même de Jésus, sa vie, ses paroles, sa mort en particulier dans sa relation à Dieu. Tout homme, toute femme est appelé à aimer. Nous avons d’ailleurs de beaux exemples de cet amour gratuit, jusqu’au sacrifice d’une vie pour les autres ou pour défendre une belle cause, (Gandhi, Martin Luther King, les martyrs d’Algérie, etc…). Ces deux soldats qui ont payé de leur vie la libération de deux otages au Burkina Faso, ou plus loin de nous le Colonel Beltrame.

Ici, l’appel qui nous est adressé est d’aimer « comme » et( ce « comme » est essentiel. Jésus lui-même a aimé, jusqu’au bout quelles qu’aient été les épreuves, les doutes, les trahisons,. Encore une fois le spécifique de cet appel à aimer c’est bien le lien avec l’amour manifesté par le Christ durant toute sa vie terrestre, et Dieu s’il a manifesté de l’amour envers les pauvres et les exclus de son temps, mais surtout dans le don qu’il a fait de lui-même sur la croix.

Nous pouvons puiser des lumières pour notre vie dans la vie de Saint Yves, tant lui aussi a aimé, les pauvres de son époque en particulier, en les accueillant au manoir de Kermartin, dans l’exercice de la justice envers toutes celles et ceux qui se présentaient à lui. Dans le livre de Maitre Le Mapian, nous pouvons lire ces lignes : « Dans l’exercice de sa fonction, Saint Yves se comporta de manière juste et sainte. Il rendit à chacun une rapide justice, sans porter attente aux droits de quiconque, ni faire de discrimination entre les personnes. Autant qu’il le pouvait, il rétablissait entre les plaideurs la concorde et la paix. »

Saint Yves puisait la source de sa charité, de son amour pour tous dans l’eucharistie qu’il célébrait avec grande ferveur, dans l’écoute et la méditation de la parole de Dieu, dans la prière et l’adoration silencieuse. Il n’y a pas d’amour vrai sans ce lien permanent avec la source de l’amour qu’est la vie partagée par le Christ dans l’eucharistie.

Nous ne pouvons pas passer sous silence le final de ce texte, oh combien exigeant : « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Voilà un appel concret pour nos communautés chrétiennes qui doivent être d’abord et avant tout des signes d’amour, par des actes, sinon nos paroles ne servent à rien. Vous le savez bien dans le contexte de l’Eglise d’aujourd’hui, nous sommes particulièrement attendus.

Que le grand Saint Yves qui a si bien vécu cette dimension évangélique soit à nos côtés sur le chemin d’une vie d’amour authentique. Nous avons toujours à faire notre examen de conscience pour savoir comment nous aimons d’une manière humaine ou à la manière de Jésus. Amen