Accueillir la Parole de Dieu en nos vies avec le pape François Enregistrer au format PDF

Vendredi 7 février 2020
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A l’occasion du dimanche de la Parole, Daniel Giacobi a donné une conférence à la cathédrale Saint-Tugdual.

Introduction

Je voudrais évoquer avec vous la façon d’accueillir la Parole de Dieu en nos vies. En introduction je citerai simplement un texte que nous avons souvent entendu et peut-être médité en ce temps de Noël dans l’Évangile de saint Jean au chapitre 1 v.11-14 : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité… Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. »
Le Verbe, c’est la Parole incarnée. En le recevant nous devenons enfants de Dieu.

Je vais explorer 4 pistes en m’appuyant sur la Lettre apostolique du pape François publiée le 30 septembre 2019, «  Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures  », « Aperuit illis  », pour instituer un « dimanche de la Parole de Dieu » chaque 3e dimanche de l’année liturgique, cette année le 26 janvier 2020.

1re piste : La parole de Dieu est « révélée »

Le pape François insiste sur l’importance de l’apport du concile Vatican II qui, dit-il, « a donné une grande impulsion à la redécouverte de la Parole de Dieu ». Les pères conciliaires adoptèrent, lors de la 8e session du Concile qui en compta 10, un texte majeur, la constitution dogmatique Dei Verbum sur la Parole de Dieu et la Révélation divine, qui a été promulguée par le pape Paul VI le 18 novembre 1965.

« De ces pages, dit le pape, qui méritent toujours d’être méditées et vécues, émerge clairement la nature de l’Écriture Sainte transmise de génération en génération, dont l’inspiration divine embrasse Ancien et Nouveau Testament et d’une importance majeure pour la vie de l’Église. »

Il rappelle aussi que « pour accroître cet enseignement, Benoît XVI convoqua en 2008 un synode sur la place de « la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », après laquelle il publia l’Exhortation Apostolique Verbum Domini, qui constitue un enseignement incontournable pour nos communautés. Dans ce document est particulièrement approfondi le caractère performatif de la Parole de Dieu – c’est à dire que son énonciation réalise l’action qu’elle exprime. »

Au chapitre 4, le pape François évoque cet émouvant passage de l’Ancien Testament, dans le livre de Néhémie, chap 8 : le retour du peuple d’Israël après l’exil à Babylone est marqué par la lecture solennelle du livre de la Loi. Le peuple est rassemblé à Jérusalem sur la place de la Porte des Eaux autour de l’Écriture Sainte comme s’il était « un seul homme ». Le peuple « écoute », retrouvant dans cette parole le sens des événements vécus : « Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre. Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. […] Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » (Ne 8, 8-10).
Ces mots contiennent un grand enseignement. La Bible appartient, avant tout, au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette Parole.

Il faut aussi insister sur la continuité de l’Écriture, ne mettons pas à l’écart le Nouveau Testament parce qu’il nous paraît trop compliqué. C’est ce que nous entendions dans la Lettre aux Hébreux, le 4 janvier : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. » (Hb 1 1-6) Rappelez-vous aussi comment pour répondre aux mages les scribes scrutent les Écritures.

C’est ce qu’écrit le pape François au N°7 : « La Bible, par conséquent, en tant qu’Écriture Sainte, parle du Christ … Ce n’est pas une seule partie, mais toutes les Écritures qui parlent de Lui. Sa mort et sa résurrection sont indéchiffrables sans elles. C’est pourquoi l’une des confessions de foi les plus anciennes souligne que « le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures. » Il ajoute au N°12 : « L’Ancien Testament n’est jamais vieux une fois qu’on le fait entrer dans le Nouveau, car tout est transformé par l’unique Esprit qui l’inspire. Tout le texte sacré possède une fonction prophétique : il ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole. Jésus lui-même l’affirme clairement. »

Rappelez-vous comment Jésus au début de sa vie publique, à la synagogue de Nazareth, est invité à lire la Parole : « On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés… » Tous ont les yeux fixés sur Lui et Jésus déclare : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4 21).

Et au N°14 le pape François évoque la Transfiguration : « Pierre, Jacques et Jean se rappellent que, tandis que le visage et les vêtements de Jésus resplendissaient, deux hommes conversaient avec Lui : Moïse et Élie, qui incarnent respectivement la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire les Saintes Écritures et l’Ancien Testament. »

Au N°9 le pape François souligne : « la Bible est composée, comme l’histoire de notre salut dans laquelle Dieu parle et agit pour aller à la rencontre de tous les hommes, pour les sauver du mal et de la mort. »

Vatican II, tous nos derniers papes reviennent sur cette précieuse formule de saint Jérôme qui passa toute la fin de sa vie à traduire la Bible en latin, la Vulgate : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ » (In Is., prologue : PL 24, 17).

2e piste : Par l’Écriture, Dieu veut nous parler

Dieu nous parle par deux canaux :

2 – a – 1er canal : Dieu nous parle par l’Église, notre mère dans la foi

C’est le message transmis par Vatican II et Dei Verbum, ensuite par Benoît XVI.

Le pape François au N°5 souligne l’importance de l’homélie : « elle possède - dit-il - « un caractère presque sacramentel ». Faire entrer en profondeur dans la Parole de Dieu, dans un langage simple et adapté à celui qui écoute, permet au prêtre de faire découvrir également la « beauté des images que le Seigneur utilisait pour stimuler la pratique du bien ». C’est une opportunité pastorale à ne pas manquer ! »

Dans ce but le pape François a décidé que « le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire serait consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. » Ce sera le 26 janvier cette année. Lors de nos eucharisties, la Parole de Dieu est honorée par l’encens, par proclamation : « Acclamons la Parole de Dieu ! »

2 –b – 2e canal : Dieu parle à chacun de nous

C’est ce que soulignait la Constitution dogmatique Dei Verbum au N°2 : « Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté : par le Christ, Verbe fait chair, les hommes ont, dans le Saint-Esprit, accès auprès du Père, et deviennent participants de la nature divine. Ainsi par cette révélation, provenant de l’immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible, s’adresse aux hommes comme à des amis, et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec Lui … » et au N°21 « dans les Livres saints, le Père qui est aux cieux s’avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils, engage conversation avec eux… »

Paul écrit dans sa lettre à Timothée : « toute écriture est inspirée par Dieu, elle est utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice. Ainsi l’homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute œuvre bonne » (Ti 3, 16).

Et le pape François ajoute au N°5 à propos de l’homélie : « Pour beaucoup de nos fidèles, en effet, c’est l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne… pour atteindre le cœur des personnes qui écoutent. »

3e piste : Est-ce que je me laisse rejoindre par la Parole de Dieu ?

C’est la question que nous avons tous à nous poser. Le pape François insiste beaucoup sur le récit des pèlerins d’Emmaüs en Luc 24. Je vous invite à invoquer l’Esprit Saint et à prendre chez vous ou dans une église le temps de relire ce texte avec un cœur aimant. Le pape François insiste sur la délicatesse de Jésus : « tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. » Jésus nous rejoint sur le chemin, sans se faire remarquer comme la brise légère dans laquelle Dieu se manifeste au prophète Élie, Il nous écoute, Il nous interroge, Il nous explique la Parole : « Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. »

Comme dit le pape François au N°8 : « Le Christ Jésus, à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte ; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous. »

Pour écouter et ouvrir nos cœurs, appelons l’Esprit Saint. C’est l’appel du pape François aux N°s 9 et 10 : « le Saint-Esprit transforme la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint. L’action de l’Esprit Saint ne concerne pas seulement la formation de l’Écriture Sainte, mais agit aussi chez ceux qui se mettent à l’écoute de la Parole de Dieu. »

4e piste : Que fais-je de la Parole de Dieu qui frappe à la porte de mon cœur ?

C’est l’Esprit Saint qui nous guide. Comme écrit le pape François aux N°s 12 & 13 : « Tout le texte sacré possède une fonction prophétique : il ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole… L’effet de douceur de la Parole de Dieu nous pousse à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient (cf. 1 P 3, 15-16)… Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde : c’est le grand défi de notre vie. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité. »

Ainsi la Parole de Dieu nourrit ma foi, au N°7 : « Le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond. Puisque la foi provient de l’écoute et que l’écoute est centrée sur la parole du Christ (cf. Rm 10, 17), l’invitation qui en découle est l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle. »

La Parole de Dieu me conduit à l’amour de l’Eucharistie, rappelez-vous la fin du récit des pèlerins d’Emmaüs : « Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. »

Le pape François commente en reprenant Dei Verbum : « Nous comprenons de cette scène, combien est inséparable le rapport entre l’Écriture Sainte et l’Eucharistie. Dei Verbum enseigne au N°21 : « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table de la Parole de Dieu et de celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. »

Pour accueillir la Parole en nos vies nous avons un modèle, au N°15 : « Sur le chemin d’accueil de la Parole de Dieu nous accompagne la Mère du Seigneur, reconnue comme bienheureuse parce qu’elle a cru en l’accomplissement de ce que le Seigneur lui avait dit (cf. Lc 1, 45). » Et le pape François cite saint Augustin : « Quelqu’un au milieu de la foule, particulièrement pris par l’enthousiasme, s’écria : Bienheureux le sein qui t’a porté. Et lui de répondre : Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. C’est comme dire : ma mère, que tu appelles bienheureuse, est bienheureuse précisément parce qu’elle garde la Parole de Dieu, non pas parce que le Verbe est devenu chair en elle et a vécu parmi nous, mais parce qu’elle garde la parole même de Dieu par qui elle a été créée, et qu’en elle Il s’est fait chair » (Comm. l’év. de Jn., 10, 3).

Pour donner un bel écrin à ce magnifique cadeau de la Parole de Dieu, achetons-nous un beau carnet :
  • sur la page de gauche, je note la Parole de Dieu qui m’a touché à la messe, dans ma prière, en ouvrant ma Bible, en priant l’Esprit Saint ou dans mes lectures avec la date précise. Je note aussi avec précision pourquoi elle m’a touché.
  • sur la page de droite, je note ce que j’ai fait de cette Parole. Ai-je eu l’occasion de la mettre en pratique ? Comment ? Quand ?

Nous verrons bien vite que Dieu nous parle pour éclairer notre quotidien, pour nous répondre quand nous sommes dans le besoin, parfois la détresse, c’est « notre histoire sainte personnelle » qui s’écrit ainsi jour après jour.
Elle nous console, elle est une arme dans le combat spirituel.

L’histoire des saints fourmille d’exemples de la façon dont la Parole de Dieu peut bouleverser une vie :

  • Saint Antoine du désert au hasard d’une lecture de l’Évangile prit pour lui ce conseil : « Va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres. »
  • Saint Augustin : « Je pris la Bible, l’ouvris et lus le premier passage où tombèrent mes yeux : « Ne vivez pas de la ripaille mais revêtez le Seigneur Jésus Christ ». Quand j’eus fini cette phrase, une lumière rassurante s’était répandue dans mon cœur, y dépassant toutes les ténèbres de l’incertitude. »
  • Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus : « À l’oraison, mes désirs me faisant souffrir le martyre, j’ouvris les épîtres de saint Paul afin de chercher quelque réponse. Mes yeux tombèrent sur 1 Cor 13 : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. », l’hymne à la charité. Leur lecture me procura la paix sereine du navigateur apercevant le phare. »
  • Saint Yves s’imprègne d’une lecture de la Parole à la façon franciscaine où le savant se fait petit enfant. La Bible est pour saint Bonaventure un don de Dieu à accueillir « en fléchissant les genoux de notre cœur. » C’est l’attitude d’Yves dans ses longues veilles. Frère Guidomar Maurel, franciscain de Guingamp, témoigne : « malade, à Ker Martin, j’ai demandé en secret à dom Yves de me dire ce qui l’avait conduit à vivre d’une façon rigoureuse et sainte. Il eut beaucoup de mal à me répondre : « J’étais official de l’Archidiacre de Rennes et j’entendais commenter le Livre IV des Sentences et parler sur la Bible dans la maison des Frères Mineurs. Les divines paroles que j’entendais m’ont amené à mépriser le monde et à rechercher les choses du ciel. Raison et sensualité se livraient souvent en moi un grand combat. Je suis resté ainsi à combattre pendant huit années ; la neuvième année ma raison a gagné sur ma sensualité et je me suis mis à prêcher dans mes bons habits. Mais la dixième année je me suis réglé sur la parfaite raison ; j’ai pour l’amour de Dieu donné mes bons habits et pris des habits, cotte avec manches longues et amples, sans boutons et surcot, assez longs d’une grossière étoffe blanche appelée burell, pour ramener les brebis du Seigneur à l’amour du Christ ». Yves est saisi, c’est l’expérience d’Antoine du désert saisi par la Parole

Mais n’ouvrons pas la Bible à toute occasion, accueillons plutôt les Paroles offertes à toute l’Église universelle dans la messe quotidienne.

Conclusion

Ainsi, accueillir la Parole dans nos vies, ce n’est pas accueillir un texte, c’est accueillir une personne, Jésus qui vient à nous. Comme le note le pape François au N°11 : « La foi biblique se fonde donc sur la Parole vivante et non pas sur un livre. »
Nous ne sommes pas comme nos frères juifs ou musulmans une « religion du Livre » comme on l’entend dire parfois.

Et le pape François conclut ainsi sa Lettre : « Que le Dimanche de la Parole de Dieu puisse faire grandir dans le peuple de Seigneur la religiosité et l’assiduité familière avec les Saintes Écritures, comme le Deutéronome l’enseignait déjà dans les temps anciens : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14).