La Bible, Parole de Dieu

mardi 1er septembre 2009
par  C P Saint-Tugdual
popularité : 12%

’’Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ’’


Thème d’année 2008 / 2009
Communauté Pastorale Saint Tugdual

1. Introduction
Père Loïc Le Quellec 11/2008
2. L’inspiration de la Bible ; comment s’est-elle écrite ?
Père Philippe Roche 12/2008
3. La Bible, révélation de Dieu à travers l’histoire d’un peuple
Les Petites Sœurs de Jésus 01/2009
4. La lecture priante de la Bible
Père Luiz Chang 03/2009
5. Les sens de l’Ecriture
Père Robert Josse 05/2009
6. L’interprétation chrétienne de la Bible au moyen d’exemples concrets
Père Loïc Le Quellec 06/2009
7. Conclusion
Père Philippe Roche 07/2009

 Introduction

Dans la bouche de saint Jérôme (340-420), il ne fait pas de doute que les Écritures désignaient plutôt l’Ancien Testament dans lequel le Christ est annoncé et préfiguré. Toutefois, cette petite citation de son commentaire du livre d’Isaïe nous pousse à nous interroger sur notre rapport à la Bible et notre relation à la Parole de Dieu. Que connaissons-nous de la Bible ? Comment la lisons-nous et l’écoutons-nous ? Est-elle un lieu de rencontre privilégié avec le Christ ?
Le concile Vatican II, ayant ouvert plus largement le trésor des Écritures, la liturgie nous donne depuis une quarantaine d’année d’entendre un plus large choix de textes. Ils font partie de notre environnement, de notre prière, de notre vie. Nous les connaissons parfois même tellement bien, qu’il nous arrive de les écouter d’une oreille distraite… Nous avons aussi parfois du mal à les comprendre et à les interpréter face aux exigences légitimes de vérité de notre monde moderne. Nous sommes aussi liés à certains textes tant ils nous parlent au cœur et nous rejoignent dans notre expérience humaine et spirituelle.

Le bulletin paroissial, Mouez Sant Erwan, se propose cette année de nous aider à renouveler notre attention aux Écritures, de nous donner quelques points de repères pour une meilleure compréhension et de nous aider à approfondir une relation vivante à la Parole de Dieu. L’enjeu est de taille puisqu’en apprenant à mieux connaître les Écritures, il s’agit pour nous d’apprendre à mieux connaître le Christ ! Comment annoncerions-nous le Christ dans notre monde et dans nos familles, si nous ne prenons pas le temps de mieux le connaître ?
Cette réflexion s’appuie sur deux événements importants pour la vie de l’Église : le Jubilé paulinien et le récent Synode des évêques. Le 28 juin dernier, en effet, le pape Benoit XVI a ouvert à Rome une année paulinienne pour fêter le deuxième millénaire de la naissance de Saint Paul.
C’est dans ce cadre qu’il a choisi de convoquer également un synode à Rome sur le thème de ’’La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église.’’

Quelle est la place que nous accordons à la Parole de Dieu ? Nous sommes invités à réfléchir à cette question en relisant et en redécouvrant les lettres et la figure de Saint Paul, et quelle mine d’or pour apprendre à mieux connaître le Christ !

De nombreuses publications, formations diocésaines ou paroissiales nous y aideront.

Tout au long de l’année donc, le Mouezh nous proposera des articles pour nous aider à réfléchir sur la manière dont Dieu se révèle à travers l’histoire d’un peuple qui écrit ce qu’il a découvert de son Dieu, sur la question de l’inspiration des Écritures, des différentes manières de lire la Bible, de prier avec elle. Saint Paul sera pour nous un guide tant par ses écrits que par son intercession.
Au début de cette réflexion, nous pourrions déjà faire un petit inventaire. Quel est le passage de la Bible qui me parle le plus ? Les textes choisis pour mon mariage, pour notre anniversaire de mariage, le baptême de mes enfants, ma profession religieuse ou mon ordination me dynamisent-ils encore dans mes engagements ? Suis-je capable de me rappeler l’évangile de dimanche dernier ? Quelles sont mes questions sur la Bible, les questions de mes proches ?
Ne nous contentons pas d’avoir une Bible ou d’en acheter une ! Ouvrons-la, lisons-la, méditons-la et savourons-la ensemble !

’’Ignorer les Écritures, n’est-ce pas ignorer le Christ’’ ?
Père Loïc Le Quellec

 L’inspiration de la Bible : comment s’est-elle écrite ?

Alors que nous nous préparons une nouvelle fois à fêter la venue « en notre chair » du Verbe, la Parole de Dieu, méditer le mystère de Noël peut vraiment nous aider à comprendre comment l’Esprit Saint a pu inspirer aux auteurs sacrés l’écriture de la Bible.

Dans le cas de l’Incarnation, en effet, comme dans celui de la rédaction de la Bible, existe une mystérieuse collaboration entre l’Esprit Saint et les hommes. De même qu’il y a une double nature, divine et humaine, dans la personne du Christ, il y a aussi une « double nature » de la parole inspirée. Comme Jésus de Nazareth est vraiment Homme et vraiment Dieu, la parole qui est dans la Bible est vraiment à la fois divine et humaine.

 L’homme, instrument voulu par Dieu pour participer à la Révélation … librement !

Depuis les Pères de l’Église, une image a été proposée pour bien comprendre Lyrecette collaboration entre Dieu et les hommes : celle d’un instrument. Un instrument, en effet, permet à un homme de faire ce qu’il ne peut pas faire sans lui. C’est très particulièrement vrai de l’instrument de musique : la mélodie est à la fois l’œuvre du musicien et de l’instrument. Mais le musicien conservera son talent même s’il ne peut pas l’exprimer sur un instrument. Dans les Ecritures, le musicien c’est Dieu, l’instrument, c’est l’écrivain biblique ! Saint Justin écrivait : « Ce n’est ni la nature, ni l’intelligence humaine qui rend les hommes capables de connaître des réalités aussi hautes et divines. C’est le don venu d’en haut dû à l’action de l’Esprit Saint descendu du ciel, se servant d’un juste comme d’instruments musicaux, cithare ou lyre » … Au Moyen Age, fut précisé que l’effet de l’Esprit Saint déborde les capacités propres de l’écrivain sacré.

Toutefois, une différence essentielle existe entre l’instrument de musique et l’homme. En effet, appuyer sur les touches d’un orgue lui fera produire des sons … que cela lui plaise ou non ! Or, toute la dignité de l’homme consiste en ce que Dieu veut que l’homme acquiesce librement à Son action. Lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel suspend l’action de l’Esprit Saint en Marie à son consentement.
En répondant « Voici la Servante du Seigneur », Marie accepte librement de devenir l’instrument de l’Incarnation du Fils de Dieu … ce qui excédait évidemment de beaucoup ses propres capacités ! Saint Jérôme, commentant le verset du psaume « Ma langue est le roseau d’un scribe agile », écrit donc avec justesse : « Je dois préparer ma langue comme un stylet ou un roseau pour que, par elle, l’Esprit Saint écrive dans le cœur et les oreilles de ceux qui écoutent. Il me revient d’offrir ma langue comme instrument et il me revient de faire entendre sa doctrine comme par un instrument. »

 La Révélation assume le risque de l’épaisseur de nos limites humaines

Le Pape Saint Grégoire écrit clairement : « Il est de foi que l’Esprit Saint est l’auteur des Écritures, c’est Lui-même qui a écrit puisqu’Il a dicté à ses Prophètes pour qu’ils écrivent. » Mais, à l’époque de Saint Grégoire, dans une dictée, l’auteur attendait de celui qui la prenait en note, qu’il mette en forme de façon littéraire son récit, afin de bien rendre compte de ce qu’il voulait exprimer. Il s’agit donc d’une véritable collaboration entre l’auteur proprement dit et l’écrivain. De plus, à l’époque, l’auteur - en latin auctor - c’est celui qui fait progresser, qui accroît la connaissance, qui donne autorité, qui pousse à agir, qui conseille. En ce sens Dieu est certainement l’auteur de la Bible … Mais Il passe par des hommes et des femmes pour Se révéler.
En S’incarnant, le Fils de Dieu a pris le risque de voiler sa divinité dans une nature humaine finie, mortelle, limitée à un temps, un lieu, des traits de caractère : Ses contemporains n’ont donc pu discerner Dieu présent en cet homme, Jésus, qu’avec les yeux de la foi. De la même manière, en Se révélant dans la Bible avec des mots humains et au travers de l’histoire d’un peuple, Dieu a pris le risque d’être mal compris : seul le croyant peut accéder à la Révélation biblique par la foi, éclairé par l’Esprit.

A nous, aujourd’hui, d’implorer cette lumière de l’Esprit Saint pour qu’Il éclaire notre raison et notre foi lorsque nous lisons ce qu’Il a inspiré aux auteurs sacrés de nous révéler …

Père Philippe Roche

 La Bible, Révélation de Dieu à travers l’histoire d’un peuple

Dieu se révèle dans l’histoire d’un peuple. Quel peuple ? et quel Dieu ?

Les fêtes de Noël que nous allons vivre nous font faire mémoire de ce petit enfant juif né à Bethléem de Judée.
Dieu s’est fait chair. Il est venu parmi nous en un temps et en un lieu de notre histoire humaine.

En quoi tout cela me concerne-t-il aujourd’hui ?
Quel lien avec mon histoire ?
Qu’est-ce que le Salut ?

La Bible n’est pas un seul livre mais une quantité de livres avec une quantité d’histoires.
Nous l’appelons ’’Histoire Sainte’’ ou ’’Histoire du Salut.’’
Et si les auteurs bibliques ont choisi de nous parler de Dieu à travers des récits et des histoires, c’est parce que le récit est avant tout un moyen de communication.

Dans l’histoire des peuples, le récit est fondateur. Il passe par la mémoire. Il est actualisé.
Il devient l’identité même du peuple.

Il en est ainsi des histoires racontées dans la Bible.
Elles ne sont pas là pour que nous les apprenions par cœur, mais pour nous communiquer l’identité de Dieu et nous inviter à faire alliance avec Celui qui est tout entier communion et proposition d’Amour.

Cette histoire commence toujours par une rencontre : celle de Dieu avec Abraham, celle de Jésus avec ses disciples. Cette histoire-là n’est pas achevée : nous en sommes les partenaires vivants. Elle est faite de ruptures, d’infidélités, de repentirs et de réconciliations.

Elle sera toujours faite de réponses et de refus liés à notre liberté.

Elle est notre histoire.
Elle est mon histoire.

Ainsi, rencontrer Dieu dans Sa Parole n’est pas automatique ou magique.
Ma liberté et mon désir de m’engager dans cette aventure sont en cause.
Je ne me soumets pas à un enseignement.
Mais, j’entre en relation avec la personne même de Dieu.
Toute ma vie prend alors sens si je la relis dans la lumière de cette rencontre.
La Bible est la Parole de Vie.
Dieu se fait chair ici et maintenant, aujourd’hui dans mon histoire.
Le Salut est entré dans ma maison !

Dieu se révèle dans mon histoire et dans l’histoire de ce peuple immense, l’humanité d’aujourd’hui.
Il s’agit bien d’une Histoire Sainte, toute entière récit de l’Amour fou de Dieu.

C’est pourquoi l’Eglise ne cesse de relire l’Ecriture pour nourrir sa foi à ce Dieu Amour, Le célébrer et Le proclamer dans toutes nos liturgies.

Les Petites Soeurs de Jésus - Plouguiel

 La lecture priante de la Bible

“Que ta Parole dans nos cœurs à jamais nous délivre.”

 La Bible parle de nous

Yves est un marin du commerce et un membre actif de sa paroisse. Dans ses voyages, il n’oublie jamais la Bible et chaque jour, avant de dormir, il lit un passage et la médite. Quelques-uns de ses compagnons trouvent drôle son habitude. Un jour, il est sorti, et a laissé sa Bible sur son lit. Quand il est revenu, il a vu l’un de ses copains en train de la lire. Son copain, un peu surpris, lui a dit : ’’Je ne comprends pas pourquoi vous aimez ce livre. On ne peut pas le comprendre.’’ Yves lui a répondu : ’’Ce n’est pas difficile. La Bible parle de nous.’’

Parmi les nombreux cadeaux du Concile Vatican II il y a la redécouverte de la Parole de Dieu dans nos liturgies et dans nos vies. D’une Église fortement marquée par des dévotions, des prières récitées, et des neuvaines, quelques fois sans références aux Saintes Écritures, les Pères Conciliaires nous ont invités à devenir une Église qui médite et vit la Parole. Aujourd’hui nous ne pouvons pas vraiment imaginer une célébration sans lire et méditer la Parole de Dieu.

 Méditer la Parole de Dieu

Comme membres vivants de l’Église, nous sommes invités à ne jamais séparer notre foi de notre vie quotidienne. Nous sommes invités à méditer la Parole de Dieu avec, en quelque sorte, deux types de livres : les livres de la Bible et les livres de nos vies dans la lumière de la foi, la lumière de l’Esprit Saint de Dieu. La lumière de l’Esprit du Seigneur Ressuscité illumine et intègre ces deux types de lectures. Et un livre aide à comprendre l’autre. On peut trouver des personnes qui lisent et même étudient la Bible sans foi, mais ils ne vivent pas une vie évangélique. On peut aussi trouver des personnes qui vont à l’Église, qui entendent les passages bibliques, qui ont une vie religieuse, mais ils n’ont pas, non plus, une vie évangélique.

Dieu est toujours très délicat. La faiblesse de Dieu, et en même temps, sa force, consiste en son amour pour nous, pour sa création. Dieu nous a aimés et créés avec un amour de liberté. Il frappe à la porte de nos cœurs et veut faire là sa demeure. Il veut que nous acceptions son invitation à être ses collaborateurs dans son projet d’amour. Comment pouvons-nous aider Dieu ? Nous pouvons L’aider en vivant une vie évangélique. Comment pouvons-nous vivre une vie évangélique ? Nous vivons une vie évangélique quand nous vivons ce que Jésus nous a montré et qui est décrit dans la Bible.

 Vouloir connaître le Seigneur

La lecture priante de la Bible nous ouvre le cœur du Seigneur et nous révèle ce qu’il veut pour nous. Nous n’avons pas besoin d’être un théologien pour découvrir ses volontés. Il faut seulement avoir la volonté de connaître le Seigneur, et de Lui ouvrir nos cœurs. Saint Ignace de Loyola nous suggère dans les Exercices Spirituels de demander la grâce de ’’connaître et aimer Jésus pour le suivre’’ (Ex. Spirituels 104).

St Ignace de Loyola
Cette connaissance est beaucoup plus une expérience personnelle qu’une sagesse. Un jour, les disciples de Jean-Baptiste ont suivi le Seigneur sur son chemin. Il s’est arrêté et leur a demandé : ’’Que cherchez-vous ? ’’ Ils ont répondu : ’’Maître, où habites-tu ? ’’ Et Jésus leur a répondu : ’’Venez et vous verrez ! ’’ (Jean 1, 35-39).

Ceci est le principal point de notre spiritualité : aller vers le Seigneur et connaître son cœur. Il ne nous donne pas un endroit précis. Il nous montre le chemin et nous invite à Le suivre. Sur le chemin, plus nous ouvrons nos cœurs au Seigneur, plus ils sont transformés par cette expérience d’amour et d’amitié. Il est l’ami et le maître, qui en embrassant sa croix pour nous, embrasse aussi nos croix et nous donne force pour les porter.

 Vivre l’Evangile

Nous pouvons écrire beaucoup de choses sur la spiritualité et sur la prière, sans avoir une vie spirituelle. Nous pouvons aussi prier beaucoup et ne pas avoir une spiritualité. La spiritualité évangélique va plus loin que seulement prier, elle est une façon de vivre l’Évangile : je vis ce que je prie et je prie ce que je vis. C’est la façon même de Jésus de vivre. Notre prière doit nous aider à connaître plus profondément la personne de Jésus, de manière à ce que nous formions un seul corps avec lui, comme il est avec le Père. ’’Le Père et moi, nous sommes UN’’ (Jean 10, 30) ; ’’Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père’’ (Jean 14,9). Nous devons vivre l’appel de Saint Paul : ’’Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus’’ (Phil 2,5). La prière chrétienne consiste donc à laisser le Seigneur nous embrasser et nous transformer.

 ’’Que cherchez-vous ?’’

Voulons-nous entrer dans cette expérience d’intimité avec le Seigneur ? Voulons-nous passer de la prière récitative à la prière contemplative ? Le Seigneur nous dit : ’’Retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret’’ (Mt 6, 6).

Saint Ignace nous enseigne que nous prions en parlant avec le Seigneur comme un ami parle à son ami (Exercices Spirituels 54). Il nous suggère : lisez tranquillement un passage de l’Évangile (peut-être aujourd’hui celui que j’ai mentionné dans cet article : Jn 1, 35-39). Imaginez-vous, vous-même, sur le chemin, suivant Jésus. Il se tourne vers vous et vous demande : ’’Que cherchez-vous ?’’ Regardez sa face. Réfléchissez un peu et répondez à Jésus. Imaginez Jésus qui vous dit : ’’Viens, accompagne-moi sur ma route, parle-moi, et je te parlerai, tout simplement . Est-ce difficile ? Non, pas de tout. Mais n’oubliez pas le chemin que Jésus a parcouru : ’’Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera’’ (Mt 10, 38-39). C’est toujours la dynamique de l’amour.

Plus nous aimons, plus nous nous donnons les uns aux autres, et plus intensément nous vivons. La prière n’échappe pas à cette dynamique, la prière est aussi un rapport d’amour avec Dieu. Ouvrons les portes de nos cœurs à Dieu. ’’Voici que je me tiens à la porte,et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi’’ (Ap 3,20).

Demandons au Seigneur cette grâce que nous chantons parfois dans nos célébrations :

’’Que ta Parole dans nos cœurs à jamais nous délivre !’’

Père Luiz Harding Chang, sj

 Les sens de l’Ecriture

La Bible est Parole de Dieu, l’on sait la profondeur de son texte. L’exégèse biblique est recherche constante, jamais interrompue, elle ne saurait épuiser le sens de ce texte. Non seulement parce que cette Parole est toujours vivante, parlant à chaque génération, lui disant ses problèmes et offrant des réponses à ses interrogations, mais surtout parce qu’elle offre une multiplicité de sens et implique donc une pluralité de lectures.
Les chrétiens ont codifié cette lecture plurielle en établissant une liste de quatre sens, qui s’est imposée à partir du début du XIIIe siècle.
Saint Bonaventure
Saint Bonaventure écrivait ainsi :

« L’Écriture a une profondeur qui consiste en la pluralité de ses sens spirituels. En effet, en plus du sens littéral, elle peut être triplement exposée dans certains passages : selon l’allégorie, la moralité et l’anagogie. L’allégorie, c’est quand par un fait est exprimé un autre fait - cela indique ce qu’il faut croire. Le sens moral, c’est quand par ce qui est fait est donné à comprendre ce que l’on doit faire. L’anagogie, c’est quand on donne à comprendre ce qui doit être désiré, la félicité éternelle des bienheureux ».
Certes, cette liste est devenue comme ’’classique’’ ; pourtant, tout en acceptant ces quatre sens, l’on peut s’interroger à leur sujet, comme l’a fait Thomas d’Aquin lui-même. Il montrera tout de même la réalité des quatre sens ; mais il mettra bien en valeur aussi la difficulté de leur mise en pratique.

Plus que ces quatre sens, en effet, il vaudrait mieux retrouver une distinction en deux sens : elle remonte aux Pères de l’Eglise, voire au Nouveau Testament, et elle paraît comme constitutive de l’exégèse chrétienne. Elle met en présence deux ensembles : d’une part, le sens littéral, avec toute sa richesse ; d’autre part, le(s) sens spirituel(s).

1). Le sens littéral est le sens signifié par les paroles de l’Ecriture : l’exégèse le découvre en suivant les règles de l’interprétation. Ce sens littéral est fondamental. Il est souvent décliné en trois niveaux : l’explication grammaticale et sémantique du texte ; le fait de replacer le texte dans un contexte, aussi bien du point de vue de la narration (rapports avec ce qui précède et ce qui suit, relevé des récits parallèles, etc.) que du point de vue de l’histoire, de l’archéologie, des institutions, etc. ; enfin, ce que l’on peut en tirer, on dirait, du point de vue philosophique et théologique. Une telle recherche exige un effort méthodique pour comprendre ce dont parle le texte, obligeant à entrer dans sa dynamique.

2). En ce qui concerne le sens spirituel, et toujours sur la base du sens littéral, non seulement le texte même de l’Ecriture mais aussi les réalités et les évènements dont il parle peuvent devenir des signes pour le lecteur : ce texte se trouve alors replacé dans l’unité du dessein de Dieu et dans le projet total de la Révélation.

  • Par l’allégorie, nous acquérons une compréhension plus profonde des évènements en reconnaissant surtout leur pleine signification dans le Christ : ainsi la traversée de la mer Rouge par Israël devient un signe de la victoire du Christ sur le Mal et, par là, du baptême chrétien.
  • Pour le sens moral : ce que rapporte l’Ecriture doit nous conduire à un agir plus juste ; nous en trouvons un bel exemple en Hébreux 3,1-4,11.
  • Quant au sens anagogique, il est celui, qui comme l’étymologie l’indique, ’’oriente’’ vers l’espérance : ainsi l’Eglise sur terre selon Apocalypse 21-22 devient signe de la Jérusalem céleste. Une concordance profonde entre ces sens assurera toute sa richesse à notre lecture de l’Ecriture dans l’Eglise, sous la conduite de l’Esprit Saint. L’un des intérêts de la division en deux sens est de nous montrer où se situe la difficulté : dans le passage de l’un à l’autre, justement…
    L’appropriation du sens d’un texte, l’interprétation menée à son terme, et qui inclut la transformation du lecteur, suppose un dialogue permanent avec ce texte et ce dont il traite. Ce dialogue s’enracine dans une conviction de foi : ce texte qui nous est adressé par l’Eglise est une des médiations de la Révélation de Dieu qui vient nous transformer. Dans un contexte d’amour, ce dialogue parie sur les possibilités de l’interprète pour continuer de servir la rencontre entre Dieu et l’humanité. Ce dialogue est appelé à se poursuivre en raison du surplus de sens du texte : il permet à ce texte de continuer à engendrer en notre monde une histoire d’Alliance .

Robert Josse, Vicaire épiscopal

 L’interprétation chrétienne de la Bible

Au travers des siècles, la Bible a été, est et restera un texte que les hommes ne cessent d’interpréter. Des juifs, des chrétiens, des croyants ou des non-croyants ouvrent la Bible et en donnent leur propre interprétation. Mais au nom de quoi une interprétation de la Bible est-elle chrétienne ?

Pour nous donner quelques pistes de réflexions, ouvrons notre Nouveau Testament et prenons un texte bien connu :

l’histoire des disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35).

L’évangéliste nous livre peu de choses à leur sujet. Ce qui est certain, c’est qu’ils ont entendu parler de Jésus (v. 19) et savent qu’il a été condamné à mort et crucifié (v. 20). Ils doivent également être relativement proches de ceux qui ont suivi Jésus car ils savent aussi que des femmes le disent ressuscité et que des disciples sont allés constater que le tombeau est vide (v. 22-24). Cependant tout semble fini et leur espérance déçue (v. 21). Comme la plupart des tout premiers chrétiens, ils sont juifs. Ils connaissent les Écritures. Ils les connaissent certainement bien mais ils ne les interprètent pas encore chrétiennement. Le Christ, qui s’est approché d’eux alors qu’ils marchaient, va les y aider. « Et commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (v. 26).

les disciples d'Emmaüs
L’évangéliste ne nous rapporte pas le contenu de son enseignement, malheureusement certainement, mais peut-être justement pour insister sur un autre point : nous inviter à relire les Écritures en cherchant à découvrir tout ce qui concerne le Christ afin de comprendre qu’il « fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire. » (v. 25).

Pour le dire autrement, l’évangéliste touchant au bout de son livre, nous invite à relire les Écritures en y découvrant qu’elles parlent de la mort et de la résurrection du Christ. Voilà ce que pourrait être une interprétation chrétienne de la Bible : une lecture qui nous permette « de constater la solidité des enseignements que nous avons reçus », tel que Luc se propose de le faire au début de son évangile (Lc 1, 1-4) à Théophile (étymologiquement celui qui aime Dieu) . Si nous sommes, nous-mêmes des Théophile, aimant Dieu et ayant déjà reçu un enseignement sur Dieu, nous sommes invités à reconnaître tout ce qui concerne le mystère pascal du Christ dans chaque page que nous lisons ou entendons de la Bible. Prenons ce verbe reconnaître au sens fort naître de nouveau (re) avec (con) le Christ.

C’est ainsi que s’achève l’histoire des disciples d’Emmaüs, ou peut-être qu’elle commence vraiment : ils reconnaissent le Christ à la fraction du pain prenant conscience que la Parole de Jésus Ressuscité a brûlé leur cœur. Ils peuvent partir pour Jérusalem annoncer aux autres ce qu’ils ont vécu et découvert : Christ est mort selon les Écritures, Christ est ressuscité selon les Écritures.

Par lui
qui est la clé de compréhension de toute les Écritures,
avec lui
qui aujourd’hui par son Esprit ouvre nos yeux à l’intelligence des Écritures,
_ en lui
qui par la fraction du pain nous réunit en un seul corps,

il nous faut relire la Loi et les Prophètes pour le découvrir vivant, présent à nos côtés.

Père Loïc Le Quellec

 Conclusion

 La Bible transforme

Nous voici arrivés au terme de ces sept articles qui, comme l’avait défini le Père Loïc Le Quellec, visaient à ’’nous aider à renouveler notre attention aux Écritures, à nous donner quelques points de repères pour une meilleure compréhension et à nous aider à approfondir une relation vivante à la Parole de Dieu.’’

 Reconnaître le Christ présent dans ma vie

De fait, l’enjeu, pour qui lit la Bible en croyant, est de connaître le Christ, Le ’’reconnaître’’ dans nos vies. Car la Bible est la Parole de Dieu, son Verbe, c’est-à-dire Jésus, Verbe fait chair. A travers elle, c’est Dieu qui parle à chacun de nous. Ainsi que nous le disaient les Petites Sœurs de Jésus, l’histoire sainte, l’histoire du salut ’’n’est pas achevée : nous en sommes les partenaires vivants. Elle est faite de ruptures, d’infidélités, de repentirs et de réconciliations. Elle sera toujours faite de réponses et de refus liés à notre liberté.’’

Car, il faut utiliser notre liberté pour accueillir cette parole de Dieu, tout comme les auteurs bibliques ont, librement, accepté de collaborer à nous la transmettre. Or, accueillir cette Parole, c’est répondre à notre vocation fondamentale.

 Une rencontre transformante

Le père Josse, exposant les quatre grands sens traditionnels de compréhension de la Révélation biblique, résumait ainsi son article : ’’l’interprétation menée à son terme, et qui inclut la transformation du lecteur, suppose un dialogue permanent avec ce texte (…) ce texte qui nous est adressé par l’Eglise est une des médiations de la Révélation de Dieu qui vient nous transformer.’’ Et cette transformation est réelle. Car, ainsi que le père Luiz l’observait : ’’la spiritualité évangélique va plus loin que seulement prier, elle est une façon de vivre l’Évangile : je vis ce que je prie et je prie ce que je vis.’’

Dans le cadre de cette réflexion offerte depuis plusieurs mois par le Mouezh, l’expérience de notre dernier Carême participe de cette mise à l’écoute ’’transformante’’ de la Parole de Dieu. Environ quatre vingt personnes de nos deux paroisses, se sont ainsi réunies, trois fois de suite, pour partager ce qu’ils avaient compris de la Parole que le Seigneur leur adressait. Lors d’un dimanche catéchèse, tous les enfants catéchisés l’ont vécu également.

La richesse des partages va conduire nos EAP à imaginer la mise en place plus durable de tels petits groupes pour l’année prochaine.

Père Philippe Roche


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