Homélie pour la célébration d’ouverture de l’Année Sainte de la Miséricorde

samedi 19 décembre 2015
par  C P Saint-Tugdual
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Cathédrale de Tréguier le dimanche 13 décembre 2015.

Ce 3e dimanche de l’Avent est le dimanche « Gaudete », le dimanche de la joie. Nous avons entendu cette joie au livre de Sophonie « Pousse des cris de joie, fille de Sion » (Soph 3, 14) et aussi dans la lettre de St Paul aux Philippiens « Frères, soyez toujours dans la joie » (Ph 4, 4). Dans le temps liturgique de l’Avent nous sommes invités à nous réjouir en raison de la venue du Seigneur, en raison du grand amour de Dieu, en raison de sa Miséricorde.
La Miséricorde, voilà un mot ancien que nous redécouvrons. Nous n’en avons pas besoin si nous considérons que notre vie est très bien comme elle est, sans histoires et sans drame. L’action de Dieu ne serait alors que l’ornementation de nos vies autosuffisantes, juste un petit supplément à nos bons équilibres et à nos réussites. Mais, vous le sentez bien, il n’y a rien de chrétien là dedans !

Notre attente de la miséricorde est plus grande aujourd’hui, au moment où nos sociétés sont prises d’inquiétude : les actes de barbarie se sont rapprochés de nous, en frappant aveuglément à Paris.
Cette vive conscience du drame du monde, du mal qui déploie malheureusement son pouvoir destructeur, a profondément marqué Saint Jean-Paul II. Il a connu le déchaînement de la violence barbare du nazisme puis de l’idéologie communiste totalitaire qui a enchaîné la liberté humaine pendant tant d’années. C’est dans ce contexte, que se sont levées, au pays de Jean-Paul II et par son ministère aussi (« n’ayez pas peur : »), des forces spirituelles et politiques de renouveau. Jean-Paul II nous a dit, à temps et à contre temps que la miséricorde divine donne la force de la vérité et de l’amour qui s’opposent au mal. C’est la puissance et le rayonnement de l’amour qui, seul, peut vaincre le mal par le bien.
On peut le dire autrement avec les paraboles de St Luc : la miséricorde est comme l’indulgence du Père (c’est un mot important de l’Année Sainte) qui est bouleversé par nos épreuves et qui recherche toujours l’homme pécheur. Il va au-devant de celui qui s’est perdu ; Dieu va vers le pécheur bien au-delà même de la justice, car la justice donne habituellement à chacun ce qui lui est dû, selon la vérité que l’on a recherchée.
Ici à Tréguier, nous apprenons beaucoup de Saint Yves, à ce sujet. Il était un très bon juge qui s’efforçait de faire apparaître la vérité. Mais le prêtre qu’il était, l’ami des pauvres, débordait de l’amour qu’il puisait dans son union au Christ. Ainsi sa manière de faire et d’être auprès des gens dépassait la justice ; il donnait la Miséricorde de Dieu en se donnant lui-même.

Nous sommes invités à faire l’expérience de cette miséricorde. Ce qui est en jeu, c’est la vérité de nos relations, la guérison des blessures que nous nous sommes infligés les uns aux autres, en famille, dans le voisinage et même dans nos paroisses.

Nous sommes invités à faire nous-mêmes miséricorde. Vous avez entendu, dans ce troisième dimanche de l’Avent, les appels vigoureux de Jean-Baptiste. : « Que devons-nous faire ? » disent les collecteurs d’impôt et les soldats … et tous les autres ? La question habite aussi nos consciences, parfois avec inquiétude : dans notre vie quotidienne, dans nos responsabilités, dans l’Eglise. Les réponses de Jean-Baptiste sont ajustées à la situation de chaque personne :
• Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas.
• Vous, les collecteurs d’impôts ? … n’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé, respectez simplement les règles.
• Vous, les soldats ? … ne profitez pas de notre pouvoir ou de votre force pour faire du tort ou pour vous en mettre plein les plein les poches.
Tous sont concernés, tous sont appelés. A tous il n’est pas demandé la même chose, mais à tous il est demandé quelque chose.

Dans cette année particulière, et notamment au cours du carême, nous serons appelés à faire miséricorde, à nous engager en actes : choisir un point de service, de conversion, de réconciliation. Pendant le temps du carême, nous vivrons tout particulièrement un accueil joyeux et confiant du sacrement du Pardon.

Que devons-nous faire ? C’est au fond cette question que je veux vous poser au moment où nous entrons en synode. Béni soit Dieu qui a déjà affermi nos premiers pas dans une belle célébration d’ouverture, mardi dernier à à Saint-Brieuc.
Je vous invite à « choisir l’espérance », à participer de bon cœur. L’Esprit Saint est le principal animateur du synode. Qu’il vous donne courage et audace pour inviter dans les équipes synodales que vous allez constituer. Vous recevrez avec confiance le carnet de route qui soutiendra votre démarche. Nous accepterons d’être dérangés, déplacés, enrichis aussi, par la prière et l’échange.
N’ayons pas peur d’aller vers les autres en découvrant « la miséricorde du Père qui nous accueille tous et va à la rencontre de chacun personnellement », suivant les mots du pape François dans la lettre qui nous introduit dans l’Année Sainte de la Miséricorde.
Je suis en communion avec tout les fidèles du Christ, en notre diocèse, tandis que nous ouvrons aujourd’hui la « Porte Sainte » en la cathédrale de Tréguier et au sanctuaire Notre-Dame de Toute Aide à Querrien. Vous y viendrez en pèlerinage au cours de l’année.

Que, dans ce temps de renouvellement de notre Eglise, nos cœurs s’ouvrent pour aider tous ceux qui cherchent des points d’appui et des liens fraternels.

+ Denis Moutel
évêque de Saint-Brieuc et Tréguier.


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