Le Jugement dernier : Synthèse d’une conférence de Marie Balmary et Daniel Marguerat

lundi 2 juin 2014
par  Jean François Duyck
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Synthèse d’une conférence de Marie Balmary et Daniel Marguerat sur le jugement dernier
(suite aux Rencontres Théologiques sur l’Au-delà et la Vie éternelle animées par J.F. Duyck)

Quelques rappels de mon intervention sur le Jugement dernier

  • Jésus n’est pas envoyé pour juger le monde, mais pour le sauver (« Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » Jn 3,17). Il est mort en conséquence de nos péchés, mais pour nous en délivrer, nous en libérer.
    A partir de là, la justice de Dieu se révèle : elle n’est pas celle qui punit, mais celle qui sauve. Le Jugement renvoie au salut, à la miséricorde divine.
  • Le Christ opère un discernement, une mise en lumière de la conduite de chacun et du « secret des cœurs ». Le Jugement doit être compris comme une manifestation au grand jour d’un clivage opéré dès maintenant dans le cœur des hommes.
  • La miséricorde divine est première, mais n’occultons pas le fait que l’homme peut s’exclure lui-même de la grâce divine. Ce qui renvoie à notre responsabilité.
  • L’accès au « Ciel », à la vie éternelle, le retour vers le Père passent par une épreuve de purification, un processus de guérison, appelés le Purgatoire….

Le résumé du message de Marie Balmary et Daniel Marguerat (Saint-Jacut )

1 – Le thème du Jugement évoque souvent le « Dieu super gendarme », ceci développant un terrorisme du salut qui hante nos consciences. Pendant des siècles, les chrétiens ont vécu dans la peur du péché mortel, de l’Au-delà, du jugement dernier, de l’enfer, etc…Les porches des cathédrales romanes,et les représentations iconographiques témoignent de ce traumatisme, amplifié à partir du Moyen-Age.

2 – Désormais, il faut revenir, par décapages successifs, à la source biblique.
L’annonce du Jugement – car il ne faut pas l’occulter – n’est pas une rhétorique de la peur. Il faut procéder au retournement d’un message perverti, celui des représentations effrayantes de l’enfer éternel, suite à un jugement impitoyable…

3 – Que nous dit le chapitre 25 de Matthieu ?

Il s’agit de deux paraboles – la parabole des jeunes filles avisées et insensées (Mt 25, 1-13) et la parabole des talents (Mt 25, 14-30) – ainsi que de la grande fresque sur le jugement final (Mt 25, 31-46).

Ce sont trois récits qui parlent du Jugement, non pas considéré comme un procès judiciaire, mais comme une opération de vérité, comme révélateur. Autrement dit, que fais-je de ma vie ? Quelle est ma propre aptitude à aimer ?

Ai-je la capacité d’accueillir immédiatement la venue de Dieu, comme les jeunes filles avisées et vigilantes ont attendu l’époux avec des réserves d’huile ?

Ai-je fait fructifier les dons que j’ai reçus, l’amour qui m’est donné par Dieu, en assurant mes responsabilités, comme les bons et fidèles serviteurs ?

Est-ce que je me mets au service désintéressé d’autrui et de ses besoins, est-ce que je réalise les gestes de simple humanité à l’égard de personnes dont Jésus endosse la détresse ? Car être au service d’autrui, c’est accueillir Dieu lui-même : le rapport à autrui est le lieu sacralisé de la rencontre du Christ. La marque du divin dans le monde n’est-elle pas ce qu’il y a de plus humain ?

En conclusion, le chapitre 25 n’est pas une leçon de morale (interdits / sanctions), on est au-delà de la morale.
L’ultime du Jugement nous dit que celui qui refuse le don de Dieu n’aimera pas assez et s’exclut lui-même de l’amour. Le Christ n’est pas venu nous enseigner la culpabilité, mais notre responsabilité d’aimer, d’ « être Je ».

On n’est pas, par le Jugement, dans une sorte de comptabilité des fautes. La seule norme, c’est la solidarité, la charité…

4 – Comment penser le Jugement ?

  • On est jugé sur l’amour ; on est responsable de soi-même, de sa vie
  • Le Jugement, c’est le moment de vérité – aujourd’hui et après notre mort – où se dévoile le mystère de chacun, ainsi que mon propre mystère.
  • Mais c’est Dieu, par le Christ, qui nous juge, en faisant la clarté totale sur chacun : ce n’est pas à nous de prendre possession de la réalité d’autrui, du mystère de l’autre et de moi-même.
    « Ne jugez pas » veut dire : il nous faut protéger et préserver le mystère de l’autre.
  • L’espérance du Jugement, c’est un message qui nous préserve d’envahir le
    mystère des autres. En ce sens, le Jugement, parce qu’il est divin et parce que donc il est d’amour et de vérité, nous protège, alors que l’on pense qu’il nous accuse !
    Si la fresque de Matthieu place le Fils de l’Homme en statut de pouvoir (de juge), c’est pour refuser l’autoritarisme de l’homme, voire la tyrannie des pouvoirs humains. Il y a un Pouvoir qui surplombe le pouvoir de ce monde : « Oublier le Jugement dernier, c’est abandonner le monde aux méchants ».

Et après le Jugement ?

Le Jugement nous donne à penser qu’il y a, qu’il y aura une élucidation de la vérité. L’ultime parole sera dite par Dieu. Qui seront les élus, Dieu seul le sait.
Le Jugement, c’est le lieu du déploiement de l’indignation de Dieu contre ceux qui mutilent l’humanité. L’ultime parole n’est pas de ce monde, il y aura une vérité plus tard, une élucidation de la vérité.

Conclusion.

A l’abbaye de Saint-Jacut, par l’analyse du chapitre 25 de Matthieu et un travail collectif sur le tableau de Roger van den Weyden sur le jugement dernier , Marie Balmary, psychanaliste et Daniel Marguerat, théologien, ont ouvert à une nouvelle compréhension du Jugement.

Le Jugement est un appel à « être soi », au « Je », à notre « être profond », c’est-à-dire à notre être d’amour, puisque telle est la vocation de l’homme voulue par Dieu. Telle est notre responsabilité d’homme.
Ce « Je » - sans déraper sur « le moi » - est toujours à construire, jamais seul mais dans une dimension relationnelle et ce n’est que dans le face à face avec Dieu que je deviens véritablement « Je ».
La dernière question du livre de ces deux auteurs est : « Que fais-tu de ta vie ? Que fais-tu de ton humanité » ?

Abbaye de Saint-Jacut-de-la-Mer 17 mai 2014
J.F. Duyck


Marie Balmary – Daniel Marguerat
Nous irons tous au paradis – Le jugement dernier en question – Albin Michel 2012


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