Pardon de Saint Yves 2013 : Homélies et photos

jeudi 30 mai 2013
par  C P Saint-Tugdual
popularité : 10%

Vous pourrez retrouver les photos du pardon (Photos Dominique Plassart) sur le site du Fonds Saint Yves, en cliquant sur ce lien :

Photos du pardon de Saint Yves

Homélie de Mgr Yves Le Saux pour la grand messe du pardon de Saint Yves

La providence de Dieu m’a accordé la grâce de présider cette année le pardon de Saint Yves. Saint Yves m’est particulièrement cher, d’abord parce que c’est mon saint patron, et aussi parce que je suis breton, et que Saint Yves est le patron de la Bretagne.

Cette année la fête de Saint Yves coïncide avec la fête de la Pentecôte. Dans la lumière de ces deux fêtes, je voudrais vous proposer trois modestes réflexions

Nous fêtons la fête de la Pentecôte. Nous prions pour que le Seigneur répande ses dons de l’Esprit Saint sur l’immensité du monde et qu’il continue dans les cœurs des croyants l’œuvre d’amour entreprise au début de la prédication évangélique. (je viens de vous citer l’oraison pour la messe de la Pentecôte). Nous prions pour que ce qui s’est produit dans le cœur et la vie des Apôtres le jour de la Pentecôte se produise dans nos propres vies.

Arrêtons-nous sur le récit de la pentecôte dont nous avons eu la lecture, pour mieux comprendre qui est l’Esprit Saint et ce qu’il veut réaliser en nous

Que se passe-t-il le jour de la Pentecôte ? Alors que les Apôtres étaient réunis autour de Marie, mère de Jésus, assidus à la prière, ils vont recevoir une force, celle de l’Esprit Saint, comme Jésus leur avait promis le jour de l’Ascension.

Le récit des Actes nous dit : «  Il y eut venant du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent qui remplit toute la maison où ils se tenaient. » (Ac 2,2) Ce coup de vent n’est pas sans rappeler le vent, le souffle de Dieu qui planait sur les eaux au moment de la création du monde. « Un vent de Dieu tournoyait sur les eaux » dit le récit de la Genèse (GN 1,2). Il n’est pas sans rappeler le moment où Dieu, après avoir modelé Adam à partir de la glaise du sol, lui souffle une haleine de vie dans les narines. Par le don de l’Esprit Saint, c’est une nouvelle création qui s’opère, une nouvelle vie accordée à l’homme. Comme nous le disons dans le Credo à propos de l’Esprit Saint, il est Seigneur et il donne la vie. Vous le savez, dans l’Ecriture et dans la tradition liturgique, l’Eglise reprendra l’image du vent, du souffle pour parler de l’Esprit Saint. Il est à la fois vent violent et brise légère.

Le récit des actes continue : «  Ils virent alors apparaître des langues qu’on eût dites de feu : il s’en posa sur chacun d’entre eux » (Ac 2,3). L’Esprit Saint se manifeste comme un feu. Feu annoncé par Jésus. « Je suis venu allumer un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé. »(Lc 12, 49)C’est le feu du buisson ardent qui brûle sans se consumer quand Dieu se révèle à Moïse. C’est le feu dont parlait le prophète Jérémie : « La Parole est en moi comme un feu dévorant » (Je 20,9). Là encore, pour exprimer qui est l’Esprit Saint, l’Eglise reprend l’image du feu . Feu qui illumine, feu qui réchauffe ce qui est froid, feu qui purifie.

Le récit des Actes continue « Alors ils furent remplis de l’Esprit Saint » (Ac 2,4). Remplis comme un récipient est rempli d’eau, rempli jusqu’à déborder. Jésus avait invité à venir à lui «  Venez à moi vous qui avez soif. De mon sein jailliront des fleuves d’eau vive. » (Jn 7, 37-38) . L’Esprit Saint est aussi l’eau vive qui se répand dans nos cœurs pour les remplir.
Alors les Apôtres vont se mettre à parler. Ils n’ont plus peur, et ce qu’ils annoncent est compris dans toutes les langues. Déjà, l’universalité de l’Eglise est présente. Vous le savez, rien ne les arrêtera plus, pas même la mort. Et c’est à cause de leur témoignage que nous sommes là aujourd’hui.

Tout chrétien se doit de vivre de l’Esprit Saint. Vous avez donc le choix. Ou de vous laisser emporter par le vent, le souffle de Dieu : pour cela il faut sortir les voiles, comme sur un bateau, pour se laisser emporter par lui. Où le choix de vous laisser brûler par le feu. Souvent nous sommes heureux de nous tenir au coin du feu pour être éclairés dans la nuit, réchauffés dans le froid. Mais en réalité il s’agit d’entrer dans le feu ou de le laisser entrer dans notre cœur pour qu’il nous consume de charité. Ou le choix de vous laisser remplir de l’eau vive jusqu’à devenir vous aussi source jaillissante de la vie éternelle. Il ne s’agit pas seulement d’avoir une petite réserve d’eau pour les passages les plus désertiques de nos vies, mais d’être comme les Apôtres remplis de l’Esprit Saint. C’est exactement ce qui s’est produit dans la vie de Saint Yves.

Peut-être certains peuvent penser que ces paroles sont un peu excessives, sont de belles images. Non, c’est la réalité. Peut-être certains peuvent penser qu’il faut être raisonnable. Mais l’amour de Dieu qui conduit Jésus à mourir sur la croix pour le salut du monde est-il raisonnable ? Aujourd’hui on ne peut pas être vaguement chrétien, un peu chrétien. Il nous faut l’être totalement. C’est là l’œuvre de l’Esprit Saint qui nous a été donné au baptême, par la confirmation et qui nous est donné en chaque eucharistie et à chaque fois que nous recevons le sacrement du pardon, si nous lui sommes humblement disponibles

Mgr Moutel, votre évêque, m’a demandé au téléphone (après l’indisponibilité de Mgr d’Ornellas) si j’acceptais d’être cette année le pardonneur. Vous savez que l’évêque qui préside le pardon est appelé le pardonneur. Cette expression m’a fait réfléchir. Je me suis dit qu’en réalité il n’y avait qu’un seul pardonneur, Dieu lui-même.

Au cœur de toute démarche de pèlerinage, il y a le pardon. Le pardon reçu de Dieu, le pardon que nous voulons accorder à nos frères. Comme nous le disons à chaque fois que nous récitons le Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

Pourquoi le pardon est-il au cœur du pèlerinage ? Parce que l’amour de Dieu est au cœur de notre démarche. Parce que Dieu est amour et que l’amour de Dieu est un amour miséricordieux, c’est à dire que le cœur de Dieu se laisse atteindre par la misère de nos vies. L’amour de Dieu n’est pas arrêté par nos fautes et nos péchés. Il les traverse pour nous manifester un amour plus grand encore.
Nous connaissons les propos que Jésus a tenu après avoir appelé Matthieu, le publicain : « ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » (Mt 9, 12-13) Pour rencontrer et goûter l’amour de Dieu il nous faut donc être ou malade ou pécheur. En réalité nous le sommes tous. Le drame c’est quand on pense qu’on ne l’est pas ; c’est une illusion. Jésus est venu pour les pauvres et les pécheurs que nous sommes.
Je ne résiste pas à vous citer notre nouveau pape François : « Pour moi, je le dis humblement, c’est le message le plus fort du Seigneur : la miséricorde ! Mais lui-même l’a dit : je ne suis pas venu pour les justes ; les justes se justifient tout seuls. Moi je suis venu pour les pécheurs … Le Seigneur ne se fatigue jamais de pardonner : jamais ! c’est nous qui nous fatiguons de lui demander pardon. Et demandons la grâce de ne pas nous fatiguer de demander pardon, parce que lui ne se fatigue jamais de pardonner. Demandons cette grâce » (Homélie du 17 mars 2013) Comprendre la miséricorde, l’accueillir dans nos vies, l’accorder à nos frères. C’est l’Esprit Saint qui peut le réaliser en nous ;

N’oubliez pas que l’Esprit Saint est aussi appelé « Père des pauvres ». Nous sommes des pauvres. Mais l’amour de Dieu veut traverser, habiter nos pauvretés pour nous conduire à la confiance et à la joie.
Le plus grand besoin de notre époque c’est la miséricorde et le pardon

Saint Yves, que nous célébrons, a eu un rayonnement sur ses contemporains jusqu’à nos jours à cause de sa manière de rendre la justice. Il a exercé la justice avec équité, dans la vérité et à cause de son attachement aux pauvres. Il a tout donné, ses biens, sa personne, pour soulager la souffrance des plus démunis. Ainsi il a manifesté la charité de Dieu.
Vous le savez, après trois ans de préparation, l’Eglise de France vient de vivre le rassemblement Diaconia à Lourdes. Bien sûr, la figure de Saint Yves est comme un modèle de l’appel que Dieu nous adresse à travers cette démarche. Il s’agit de mettre le service du frère, particulièrement du plus fragile, au cœur de la vie de nos communautés chrétiennes et de nos vies personnelles. Mais aussi de nous laisser convertir, évangéliser par les plus fragiles et pauvres d’entre nous. Comme Jésus s’est mis à genoux aux pieds de ses disciples pour leur laver les pieds, nous sommes invités, nous aussi, à nous laver les pieds les uns les autres, à nous servir les uns les autres. Et donc à contribuer à faire de l’humanité une unique famille de frères.

La foi opère par la charité dit Saint Paul. La foi qui ne se déploie pas dans la charité concrète n’a pas de réalité, comme l’exprime à sa manière Thérèse de Lisieux. « Aimer, ce n’est pas des sentiments, mais des actes »
Etre figure de Jésus serviteur, voilà ce à quoi nous sommes invités. Servir nos frères et sœurs mais aussi nous laisser servir par nos frères et sœurs. Cela est plus difficile.

Je me suis demandé qui serait le Saint Yves de notre époque. Qui d’entre nous est assez pauvre, assez fou pour se laisser saisir par l’amour et la miséricorde de Dieu, pour se déposséder de soi et de ses biens, pour servir la justice et la charité ? Prions pour que nous soyons, nous, les nouveaux Saint Yves pour notre époque

N’ayons pas peur d’être chrétiens, de l’être vraiment. Il y a urgence. La réponse à l’angoisse de notre monde n’est pas d’abord de renouveler les méthodes, ni de mieux organiser, de mieux coordonner les forces de l’Eglise, ni d’explorer avec plus d’acuité les fondements bibliques et théologiques de la foi. Il faut susciter un nouvel élan de sainteté. Et la sainteté n’est pas la perfection morale, mais la perfection de la charité. C’est là l’œuvre de l’Esprit Saint, le Père des pauvres.
Saint Yves, priez pour nous

Yves Le Saux
Evêque du Mans
Homélie pour les vêpres du pardon de St Yves 2013 -  PDF - 1.4 Mo
Homélie pour les vêpres du pardon de St Yves 2013

image Jésus
Logo Synode
Bannière denier

Facebook

Statistiques

Dernière mise à jour

samedi 18 février 2017

Publication

228 Articles
Aucun album photo
Aucune brève
Aucun site
97 Auteurs

Visites

76 aujourd’hui
88 hier
172247 depuis le début
6 visiteurs actuellement connectés