Le dialogue religieux… en actes

lundi 4 février 2013
par  Jean-François Duyck
popularité : 7%

comme prolongement aux Rencontres théologiques sur
Introduction aux religions du monde - 4e trim. 2012

Compte-rendu du Colloque interreligieux

de Saint-Jacut-de-la-Mer

Lors de la dernière rencontre sur les religions du monde, nous avions montré que la confrontation théologique du christianisme aux autres religions est une question assez complexe et que les débats sur le pluralisme religieux sont encore en cours.

Deux données essentielles avaient été présentées, en guise de conclusion des cinq rencontres.

Pour les chrétiens, les trois mentions de la première Epître de Paul à Timothée doivent être rappelées : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, Dieu est unique, Jésus-Christ est le seul médiateur entre Dieu et les hommes.

Deuxième point essentiel : l’unicité de Jésus-Christ comme moyen d’accès au salut ne s’oppose absolument pas au dessein universel de Dieu, car Dieu de Jésus-Christ est à l’œuvre par son Esprit dans la totalité de l’histoire humaine.

L’Esprit est à l’œuvre là même où des hommes n’ont pas été concrètement atteints par l’annonce explicite de l’Evangile. « C’est cet Esprit qui inspire aux croyants le désir de la vérité et de la sainteté, c’est lui qui suscite les plus hautes expressions de l’histoire religieuse, c’est lui qui porte l’Eglise à reconnaître les trésors habités par les diverses traditions de l’humanité et qui prépare l’avènement du Christ dans la plénitude de son Corps universel  » (M. Fédou).

J’avais également montré que si l’intolérance et la violence religieuses continuaient d’exister dans plusieurs endroits du monde, il y avait également tant d’initiatives, à de nombreux niveaux, dans le domaine fructueux du dialogue interreligieux.
La déclaration Nostra aetate du concile Vatican II (28 octobre 1965) les avaient encouragées et les différents papes depuis Vatican II y ont beaucoup contribué.

Le colloque inter-religieux de Saint-Jacut-de-la-Mer, du 25 au 27 janvier 2013- 15e Colloque -, ayant pour thème

La diversité de nos religions et de nos cultures une menace ou une chance pour mieux vivre ensemble ?


et animé par une association de jeunes croyants « Coexister »a remarquablement présenté le dialogue en action.

Une vingtaine de jeunes de cette association ont animé le week-end, les sujets étant présentés sous un mode partagé par de jeunes juifs, de jeunes musulmans et des catholiques, comme ils le font dans l’association.

Elle a été créée il y a quatre ans et elle a actuellement 300 membres actifs, issus des trois confessions monothéistes.

Pour présenter l’association, je vous renvoie à son site :
http://www.coexister.fr

Le colloque a commencé, le vendredi soir, par les rites d’entrée en Shabbat. Le lendemain, après l’exposé d’un sociologue de l’immigration, des relations interethniques et des religions, deux croyants juifs ont présenté le regard du judaïsme sur la diversité des cultures et des religions en se référant notamment au chapitre 19 de l’Exode.

Le dimanche, le regard du christianisme a pris appui sur le texte de Jean sur la Samaritaine et sur la déclaration conciliaire Nostra aetate.
Quant au regard musulman, ce sont les sourates 5, versets 44 à 48, et 49, verset 13, ainsi que la constitution de Médine qui ont permis de jeter les bases de l’humilité et de la réciprocité nécessaires à un dialogue réussi.

Entre ces différents regards, les jeunes de Coexister ont animé quatre ateliers portant sur les sujets suivants :

  • Créer un groupe Coexister dans une nouvelle ville : besoins et obstacles
  • Communiquer en restant fidèle à l’intuition de la coexistence active : un défi dans un pays laïc
  • Partir faire le tour du monde des initiatives interreligieuses pendant 1 an : le pari de 5 jeunes de Coexister
  • Administrer et financer un mouvement de jeunes : joies et peines de l’autonomie assumée.
Quelques-unes des questions qui ont mobilisé les participants du Colloque ont été les suivantes.
Comment faire de la diversité une chance ? Les altérités sont-elles un atout ? _ Comment aimer et animer la diversité ? Comment penser le pluralisme religieux ?
Comment en faire un instrument de paix ?
Et pour synthétiser : comment inventer un monde à la fois uni et divers ?

Trois parties permettent de rendre compte du Colloque

Les difficultés et les obstacles sur le chemin du mieux-vivre ensemble la pluralité

L’intolérance, l’exclusion, le rejet…ont des expressions diverses dans notre pays et dans le monde et la question qui taraude les participants fut : d’où vient donc la peur de l’autre, source principale de tous ces maux ?

La tentation de s’affranchir de la diversité.
Soit par une sorte d’aplatissement des différences, dans un monde où vivrait une espèce d’ « homme nouveau », uniformisé, où les différences deviendraient des indifférences. « Tous les mêmes », n’est ce pas la solution ? En religion, relativisme et syncrétisme domineraient le paysage spirituel….Or, cela n’a pas grand sens.
Il y a une autre façon de ne plus vivre la diversité. Ce serait le repli strict sur ses différences, sur son identité. On s’enferme derrière des barrières et chacun, pour exister, serait obligé de s’incliner devant une religion, une nation, une communauté…Les individus se résumeraient, « se réduiraient » à leur appartenance. Ce que l’on appelle aujourd’hui diversité deviendrait un puzzle d’ « identités mortifères » !

Le monde n’est-il pas aujourd’hui encore dans le repli, dans l’ « entre soi », voire dans le rejet. Les participants au colloque ont plusieurs fois parlé des crispations envers l’autre, des provocations ou maladresses, des préjugés ou stéréotypes, de la crise économique et probablement morale, etc…qui font passer des nécessaires cohésion et intégration au rejet, voire au conflit…Les jeunes musulmans ont indiqué le sentiment qu’ils se sentaient jugés comme différents, comme mal intégrés et stigmatisés.

Les radicalismes sont minoritaires, mais très actifs, utilisant très bien les outils modernes de communication.
Les religions ne sont pas épargnées : entraves à la liberté religieuse, violences confessionnelles, fondamentalismes, intégrismes…Il ne manque pas d’exemples où des textes religieux servent à justifier l’exclusion et, plusieurs fois, le monde politique a instrumentalisé le domaine religieux ou le divin. Parfois, à force de gloser sur le divin, on en viendrait à perdre le sens de l’humain.

La France, a-t-on dit, n’est pas à l’écart de ce diagnostic : de récents sondages l’attestent. Les Français n’ont-ils pas une idée de l’égalité en écartant l’altérité ? Ne peut-on pas considérer, a-t-il été dit, que la France promeut « l’égalité par l’uniformisation » ?
Et, enfin, les médias ont été plusieurs fois repérés comme se nourrissant de la peur ou l’alimentant et il conviendrait donc de sortir de leur emprise.

Pourtant les intervenants et les participants ont fixé de nombreuses voies du bien vivre les différences et la diversité, tant des hommes et des cultures que des religions.

Du point de vue humain, afin de déconstruire la peur de l’autre, il faut d’abord prendre une vive conscience qu’il n’est pas seulement quelqu’un avec qui je peux bien vivre, mais qu’il est une condition de ma vie, de mon existence : l’autre me « constitue ».

On a souvent tendance à réduire un individu à un seul aspect, à le « cataloguer », à le pré-juger (il est juif, elle porte le voile, c’est un « catho tradi », il pratique le ramadan…). Or il faut se « décentrer » par rapport aux « vérités » que nous avons. Il faut lutter contre les deux plaies de l’homme, l’orgueil et la jalousie, nous a indiqué Henri Cohen-Solal.

Le représentant de l’islam suggère quant à lui qu’il faut rester humble – d’une humilité verticale, par rapport à Dieu, et d’une humilité horizontale, par rapport à autrui. Il faut combattre sa propre arrogance personnelle pour éviter l’arrogance envers les autres.
La réelle reconnaissance de l’autre, ce n’est pas seulement sa simple acceptation, mais une attitude de respect. Et pourquoi ne pas considérer avec Gandhi l’a priori favorable que l’homme est bon, quoi qu’il arrive ?
Et n’oublions pas que dans le dialogue, se taire, rester modeste, ce sont les seules façons d’écouter…et que les sujets difficiles, qui fâchent, sont abordés après le temps de l’amitié.

Plusieurs fois enfin il a été dit que le seul dialogue interreligieux n’était pas suffisant, mais que les croyants devaient s’assurer d’un dialogue intra-religieux et qu’il fallait en effet prendre position dans sa propre confession quand elle ne présente pas tous les atouts de la tolérance et de la paix.


Aussi les raisons d’optimisme sont nombreuses à condition de puiser aux bonnes sources, de prier ensemble et d’agir.

1 - Pour les catholiques, Nostra aetate reste encore aujourd’hui une référence

« L’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes….Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux  » (en les croyants des autres religions).

La pluralité religieuse est un « signe des temps ». L’Eglise, pendant 20 siècles, a eu une position exclusive sur la vérité mais elle considère que désormais c’est le Christ qui est au centre de la foi des croyants et non plus elle. Dieu a certainement voulu le pluralisme religieux et toutes les religions ont en elles une part de vérité.

Les représentants des confessions juives et musulmanes ont également indiqué que leurs textes sacrés promouvaient la tolérance et la liberté religieuse…

2 - Que les croyants des trois religions monothéistes prient ensemble, c’est quelquefois possible ou au moins peut-on « être ensemble pour prier » (Jean-Paul II à Assise). Il faut imaginer des lieux pour prier, comme il en existe quelques-uns en Israël, avec la conviction qu’une certaine esthétique aide à prier et à méditer. Ou alors des croyants prient successivement devant les autres.

Il faut se souvenir des prières communes de Christian de Chergé, qui a construit sa vie monastique dans un dialogue profond avec des amis musulmans, lui qui se voulait « priant parmi d’autres priants » au milieu de voisins et de musulmans dont il partageait le quotidien.

3 - L’association Coexister, qui n’est «  pas dans une coexistence molle, mais active » et d’autres intervenants ont présenté plusieurs actions pouvant faire de la diversité « une chance » : le projet, en 2014, d’un tour du monde des initiatives interreligieuses par 5 jeunes de Coexister, des formations en entreprises, des animations dans les écoles, des médiations interculturelles, des animations culturelles…

La conclusion, à l’issue d’un colloque intergénérationnel fraternel et chaleureux, pourrait être que le dialogue interreligieux et interculturel n’est qu’un sous ensemble du dialogue tout court, celui de la fraternité.

J.F. Duyck Fév.2013

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