L’approche religieuse en lien avec le concept de la mort

dimanche 7 mars 2010
par  Marie Thérèse Méteil
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On peut être le compagnon de celui qui meurt parce que celui-ci endure une étape difficile à franchir pour tous les humains. C’est un devoir élémentaire d’humanité que les soins palliatifs ont remis en évidence. La mort est un moment de la vie. Il nous appartient, à nous soignants d’accompagner au mieux, avec ce que nous sommes et les moyens que nous avons, malades et familles.

Je vais d’abord balayer en quelques chiffres comment la mort se vie aujourd’hui, dans un monde multiculturel et multicultuel :

  • 71 % rites catholiques
  • 2 % de rites musulmans
  • 1 % de rites protestants
  • 0.5 % rites juifs

Soit 74,5 % de demandes religieuses
Et 50 % de crémations avec rites religieux

Ce chiffre est en constante augmentation avec des disparités importantes entre milieu urbain et milieu rural.

Il faut remarquer que 25 % ne demandent pas de rites religieux et que 20 % ne demandent aucun rite. Chiffre inquiétant de la non demande de rite (d’où l’importance de ritualiser un peu au moment de la mort en milieu hospitalier)

1 – Notre histoire au sujet de l’approche religieuse de la mort

La mort est un invariant qui n’a jamais cessé d’évoluer. La mort est à la fois un moment devant lequel on ne triche pas et une séquence entourée de mystère Traditionnellement conçue comme ouvrant sur l’au-delà, elle a suscité tout un réseau de gestes d’accompagnement. Bien que variables suivant les temps et les lieux, ces rituels constituent le corpus de base de toute réflexion sur la mort.

Avant le Moyen-Âge, on observe un mélange de résignation, d’insensibilité et de familiarité avec la mort qui se traduit par une forme d’indifférence à l’égard des sépultures et des choses funéraires. C’est le Moyen Âge qui marque les progrès d’une sensibilité qui donnera à la mort une place toujours plus grande. Il est marqué par le souvenir de la peste noire (1348-1352) responsable de la mort d’un tiers de la population européenne. Cette pandémie a donné l’image d’une mort égalitaire qui n’épargne ni puissant, ni pauvre, ni enfant, ni vieillard. Les populations se sont tournées vers la religion, un tel fléau que seule la colère de Dieu pouvait justifier. Face aux malheurs des temps, l’interprétation religieuse, chrétienne ou non, donnée aux évènements dramatiques aide à supporter la violence des situations et permet de ne pas succomber au désespoir collectif.

L’homme du Moyen-Âge conçoit la mort comme un évènement individuel concernant toute la communauté. C’est le temps des gisants pour les nobles et les chevaliers. Le cimetière n’est pas encore de règle (on s’enterre sur ses terres) Reste quand même que le cimetière demeure la destination du plus grand nombre : on y conduit le défunt enveloppé du suaire sur une bière –simple brancard- le cercueil est encore pratiquement inconnu.( –cimetière : lieu où l’on dort- ). C’est un moment où nous commençons à avoir le sens de l’espèce humaine et du destin commun : « nous mourrons tous » qui conduit à la mort de soi.

C’est à ce moment là que l’Eglise se bat pour imposer un passage du défunt à l’église pour l’office des morts, dont le rituel est fixé des le IXe siècle (procession, les services de l’église, le corps présent, représenté, mais désormais caché..) Le Moyen-Âge s’inscrit dans un modèle doloriste. (Le Christ a souffert pour nous, pour gagner son paradis, il nous faut nous aussi souffrir).

Après la renaissance, l’idée de sépulture familiale va s’imposer. La crainte de l’enfer va cesser. Le modèle de la bonne mort s’affirme, on accompagne le moribond, on prie autour de lui, on ne le quitte pas. L’au-delà devient le lieu des retrouvailles. On enterrait les gens dans les églises et autour des églises (les enclos paroissiaux) Dans le même temps, la relation entre les morts et les vivants évolue. En 1776, un édit royal interdit les sépultures dans les églises. C’est un tournant. L’exil des morts dans les cimetières périphériques indique ce temps de la mise à distance qui s’annonce.

Pendant toutes ces périodes, je vous l’ai dit, la mort avait pour signification principale le passage dans l’au-delà. Chacun devait prendre ses dispositions en vue d’assurer son salut éternel. Le médecin avait donc pour obligation d’avertir son malade de la proximité de l’échéance décisive. Sinon, il pouvait se voir infliger une amende. Il faut préparer son âme à rencontrer Dieu.

Par contre au XIXe siècle, le médecin est l’expression d’un véritable changement de mentalité. D’abord, il favorise la diffusion de l’idée selon laquelle la guérison est une affaire humaine qui s’obtient par des moyens rationnels. L’action de Dieu est surnaturelle. Le décès est perçu comme « fin de vie » et non plus de passage. Afin d’éviter au mourant les angoisses de l’agonie, on tente de lui dissimuler la gravité de son état. En parallèle, se travaille beaucoup de rapport Eglise-Etat, avec la notion de la Laïcité.

Pourtant, jusqu’à la guerre de 1914, dans toute l’histoire de culture latine, catholique ou protestante, la mort d’un homme modifiait solennellement l’espace et le temps d’un groupe social qui pouvait s’étendre à la communauté toute entière, par exemple au village. (On fermait les volets de la chambre de l’agonisant, on allumait les cierges, on mettait de l’eau bénite, la maison se remplissait de voisins, de parents, d’amis chuchotant et graves. Le glas sonnait à l’église d’où sortait la procession qui portait le Corpus Christi… ) Le service à l’église rassemble toute la communauté, le défilé des condoléances, le lent cortège vers le cimetière, la période de deuil. Ce comportement a beaucoup duré dans les campagnes françaises. Mais progressivement disparaît .

Notre société a expulsé la mort, plus rien n’avertit en ville que quelque chose s’est passé, la société ne fait plus de pause, la disparition d’un individu n’affecte plus sa continuité, et désormais on ne porte plus le deuil. L’idéal du mourir devient la mort subite et paradoxalement, cet évènement devient une activité marchande. C’est le temps du rejet et de la mise à distance de la mort.

Il se trouve que notre temps contemporain est marqué par le retour de la mort par l’épidémie de SIDA , et d’autres problèmes : le vieillissement de la population, la question de l’euthanasie, le droit de mourir dans la dignité

La mort reste un moment douloureux que la société actuelle redécouvre et est en train de se réapproprier pour mieux l’accompagner. L’homme moderne ne veut plus qu’on lui impose quoi que ce soit. Libre de ses choix durant sa vie, il entend quitter celle-ci en toute liberté, décider lui-même du cours des choses. Mais mourir en sujet ne signifie pas s’enfermer dans la solitude. Au contraire, les moments ultimes appellent au partage, à l’échange de paroles, de regards, de gestes. Ils nécessitent un accompagnement, ont besoin de se dire dans des rites parlants.

Le rite : c’est l’ensemble des règles qui inscrit un destin singulier dans la lignée humaine. Ce qui permet à la personne de se projeter dans le souvenir de ses proches ou dans l’au-delà. Quand il s’agit de donner sens à la mort, les familles sont en désarroi. Des soignants sont démunis pour effectuer les derniers gestes conformes aux convictions de leur patient décédé.

Nous allons voir ensemble, à travers les rites des 3 religions monothéistes : christianisme, judaïsme et islamisme, ce qui est important à chacune.

Je voudrais aussi vous donner la distinction entre le spirituel et le religieux.

Le spirituel  : vient de spiritualis « propre à la respiration » et de spiritus « esprit », spirituel signifie souffle de vie, vivant. Le spirituel est une dynamique intérieure de l’homme qui traverse toute sa vie, et toutes ses dimensions biologiques, psychiques et sociales. (Si vous êtes soignant, ce n’est pas par hasard, qu’est-ce qui vous est important dans votre vie : sans doute, trouver du travail pour s’assumer et aider l’autre dans sa fragilité du moment)

Le religieux : « ensemble de croyances, de sentiments, dogmes et pratiques qui définissent les rapports de l’être humain avec le sacré ou la divinité. Une religion est définie par les éléments spécifiques à une communauté de croyants : dogmes, livres sacrés, culte, sacrements… »
Relier l’homme et la divinité : relire sa vie comme un récit porteur de sens, se relier à une communauté, accompagner le mystère d’un possible au-delà.

2- Quel accompagnement suivant les religions monothéistes

Pour le judaïsme :

La fin de vie est un évènement naturel qui conditionne l’entrée dans une nouvelle vie. C’est surtout un évènement qui n’a rien de terrorisant, même s’il est extrêmement douloureux. La « bonne mort » d’un fidèle juif est celle qui intervient à l’issue d’une maladie. Ce « don du ciel » qui permet à celui qui s’en va de régler ses affaires terrestres mais aussi de se préparer moralement et d’accomplir un repentir total et sincère avant de remettre son âme à Dieu. L’un des devoirs sacrés de la loi juive est l’assistance aux malades. Dès que les soignants annoncent à la famille que les jours sont comptés, la présence des proches à son chevet est indispensable y compris en milieu hospitalier. Cependant, tant qu’il reste un souffle de vie, les prières des présents se font pour le rétablissement du malade. Des psaumes sont récités. Tout propos inutile, toute parole frivole sont strictement prohibés, ainsi que tout geste qui pourrait hâter le décès. La famille ne pleurera pas en présence de l’agonisant, ni n’entreprendra des préparatifs mortuaires avant le décès.

Au moment fatidique, les présents proclament l’unité de Dieu qui est la devise du Peuple d’Israël : « Chéma Israêl, écoute Israêl, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un »

A FAIRE : Rester auprès du mourant et lire des psaumes. Dès constatation du décès, le fils ainé ou un proche ferme la bouche et les yeux du défunt. Le visage est recouvert d’un drap afin de le soustraire des regards( tout regard sur un cadavre sans défense est jugé indécent, le défunt est maintenant face à Dieu). On place une bougie à proximité de la tête, signification de l’immortalité de l’âme. La prise en charge du corps est confié à des juifs avec des rites de purification précis, lavé parfumé et enveloppé dans un linceul blanc. Le corps n’est jamais habillé. Le défunt est placé strictement à plat, les bras le long du corps, les paumes des mains tournées vers le bas bien ouvertes.

A NE PAS FAIRE : Retirer l’oreiller sous la tête du mourant ou lui fermer les yeux, découvrir le visage, recouvert d’un drap blanc.

Pour le christianisme

Dieu a envoyé son fils, le Christ, vivre notre condition humaine, entrer dans notre histoire pour nous conduire, par ses actes dans l’amour les uns des autres, vers l’amour de Dieu en passant de la mort à la vie.

En conséquence, le corps d’un homme, même inanimé, même privé du moindre souffle de vie est digne. Non seulement, le corps a été le support singulier d’une vie biologique, affective, intellectuelle, mais il a aussi été le temple de l’Esprit Saint. Le corps d’une personne n’est pas simplement le support provisoire de l’âme, c’est un instrument vivant conjoint à Dieu.

Lorsqu’un chrétien catholique est hospitalisé, il peut par votre intermédiaire ou celui de la famille, faire appel au service de l’aumônerie pour le soutenir spirituellement et religieusement. Quand la fin de vie est présagée, à sa demande ou à celle de la famille, il peut recevoir les sacrements prévus pour ce temps là : l’Eucharistie ou communion, les sacrements des malades (Le christ ressuscité nous rejoint dans ce temps difficile pour nous donner sa force et son espérance), le viatique (la dernière communion avant le passage), lecture de la Bible. Il est vrai pour tous les chrétiens, la mort est synonyme d’entrée dans la plénitude au royaume de Dieu.

Pour les chrétiens orthodoxes, il est également donnée l’onction d’huile.

Les chrétiens protestants, préfèrent apporter un soutien spirituel par la lecture de la bible et surtout des psaumes.

A FAIRE :

  • Pour les Catholiques : Apporter la communion, proposer le sacrement des malades.
  • Pour les orthodoxes : onction des malades, orienter le malade vers l’orient et placer entre ses mains une icône du Christ ou une croix. Allumer une bougie
  • Pour les protestants : lire un psaume

A NE PAS FAIRE

  • Pour les orthodoxes : manifester son chagrin perturbe la paix de l’âme qui s’en va.
  • Pour les Protestants : faire le signe de croix (sauf pour les luthériens)

Lorsque la personne est décédée, c’est vous les soignants qui effectuez la toilette du défunt. Autrefois, il était enveloppé d’un drap de toile blanche. Maintenant, nos défunts sont habillés avec leurs plus beaux habits. Quand les familles peuvent en parler, les personnes disent ce qu’elles veulent comme vêtements.

A FAIRE :

  • Pour les catholiques : les doigts du défunt sont croisés, un chapelet ou une croix lui appartenant y est placé. Le visage restera découvert. Aux côtés du défunt est disposé de l’eau bénite pour l’aspersion qui rappelle l’eau du baptême.
  • Pour les protestants : le croisement des doigts n’est pas obligatoire. Le défunt est allongé sur le dos, le visage découvert.
  • Pour les orthodoxes : les mains sont croisées sur la poitrine, la main droite par-dessus de manière à faire le signe de la croix le jour venu de la résurrection. Entre les mains et la base du cou, est disposée une icône.

Pendant l’accompagnement de tout ce temps, une aide religieuse, chrétienne, n’est pas en dehors de l’aide humaine dont le malade a besoin.

  • Pour l’islamisme

En terre d’Islam, l’agonie est vécue comme une épreuve prescrite par Dieu, mais aussi comme une chance offerte pour se parfaire avant de rejoindre l’autre monde. Le rôle de l’entourage consiste à aider le mourant à admettre la réalité de son état et à s’y résigner. Les femmes se chargent du bien-être physique du malade, les hommes le soutiennent sur le plan moral et spirituel. La tradition veut que celui qui s’en va soit très entouré. En cas de souffrances intenses, les autorités religieuses recommandent le recours aux analgésiques puisqu’ils permettent à la personne de se libérer des désagréments du corps pour mieux se consacrer à sa purification intérieure. Le musulman est moins angoissé par l’imminence de la mort que par le risque de mourir seul, isolé. Aucun musulman ne doit mourir sans une présence religieuse.

Lorsque le décès est pressenti, les soignants informent les proches. Un parent donne un verre d’eau ou quelques gorgées seulement si l’agonisant a quelques difficultés à déglutir, afin de le purifier intérieurement. Parfois, il pose une cuillère de miel dans sa bouche et sur son nombril avant de pincer fortement un doigt de ses pieds pour que sa mort soit plus douce selon les traditions familiales.

Après l’avoir aidé à se tourner vers La Mecque en lui tenant l’avant-bras, le coude posé sur le lit et l’index désignant le ciel, on répète avec lui la profession de foi islamique. A ces derniers instants, les proches embrassent l’agonisant sur le front et sur l’épaule tout en lui demandant de les pardonner des fautes qu’ils ont commises envers lui.. Sa dernière pensée doit être pleine de confiance en la bonté de Dieu.

Après la mort, les yeux du défunts sont fermés et on recouvre entièrement le corps d’un drap, des prières sont lues.

Selon les prescriptions du Coran, le corps du défunt sera lavé et préparé rituellement par l’autorité islamique (une ou deux personnes du même sexe que le défunt). Pendant ce temps, à l’extérieur de la pièce, la communauté prie. Le corps est enveloppé dans un linceul en coton blanc.

A FAIRE :
Orienter le mourant vers La Mecque. Lire une sourate 36 du Coran et, au moment ultime, tenir le doigt du malade et prononcer la « chahada » (il n’est de Dieu que Dieu…), laisser un musulman procéder à la toilette. Orienter le corps vers la Mecque. Prévoir un linceul blanc.

A NE PAS FAIRE :
Cacher au mourant son état. Laisser le malade et ses proches seuls. Toucher le corps après la toilette rituelle.

3- Quel doit être ou peut être votre rôle ?

Je vois trois éléments :

1- le respect de chacun et pour respecter chacun, il vous faut beaucoup observer, écouter, dialoguer. Une question est intéressante à poser aux patients ou aux familles : « qu’est-ce qui est important pour vous maintenant ? »

2- Beaucoup de discrétion et en même temps, ne pas hésiter, si cela vous est possible, à vous asseoir près du patient sur la chaise ou au pied de son lit, ce qui peut rassurer et aider à la formulation de ses angoisses, de ses désirs… Être le plus proche possible des familles.
Elles pourront vous dire des choses qu’elles n’oseront pas dire aux médecins par exemples, Le malades comme les familles se sentent très proches de votre corps de métier car plus accessibles

3- Ne pas rester seule, partager en équipe. Que ce soient avec vos collègues, les psychologues, le service d’aumônerie etc…, parce qu’il peut y avoir des éléments perturbants dans l’accompagnement d’un personne en fin de vie.

Tout ce que nous aurons apporté aux malades et aux familles dans le mieux être, pour que les relations soient paisibles permettra aux familles de vivre les semaines apèrs la disparition dans la plus grande sérénité.

Je vais vous parler aussi de la notion de « Laïcité »

Quelques définitions :

  • Neutralité  : ni l’un ni l’autre, qui ne se prononce pas.
  • Laïcité  : système qui exclut les Eglises de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif et en particulier de l’organisation de l’enseignement, au sépart contre l’Eglise catholique. Dans la laïcité, il y a plusieurs variétés de référence, la laïcité garantit le pluralisme, la liberté de pensée et la liberté de conscience.

Que dit la loi de séparation Eglise/Etat 1905 : la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice du culte dans la mesure où cela ne trouble pas l’ordre public. L’Etat se voit dans l’obligation d’assurer aux personnes non libres de leurs mouvements, la possibilité de participer à l’exercice du culte (aumôniers d’hôpitaux, de prison, de collèges, l’armée). La République se désengage de tout ce qui est religieux (subventions, salaires etc..) sauf hôpitaux, maisons de cure, prison, collège pour obligation d’assurer aux personnes non libres de leurs mouvements la possibilité de participer à l’exercice du culte. Aucune option religieuse n’est supérieure à l’autre.

C’est de cette loi que découle la présence salariée d’un prêtre ou d’un(e) laïc(que) en temps qu’aumônier pour le service d’aumônerie des hôpitaux et parfois des cliniques

Cela se vérifie dans la charte du patient hospitalisé où il est fait mention du respect que tout salarié de l’hôpital doit témoigner envers les malades qui ont une pratique religieuse, sans que cela empêche la pratique des soins.

St-Brieuc, le 25 février 2010
Marie Thérèse Méteil


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