L’Immaculée Conception

mercredi 9 décembre 2009
par  Jeanine Lefèvre
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En ce 8 décembre nous fêtons l’Immaculée conception de la Vierge Marie, c’est-à-dire qu’elle n’a pas été contaminée par le péché. Cela fait d’elle un être exceptionnel, à la fois très proche de nous en tant que créature de Dieu, mais à part tout de même puisqu’elle n’a pas connu la morsure du mal. Elle a réalisé le rêve que Dieu avait fait en créant l’homme, rêve détruit par le péché d’Adam et Eve.
C’est en 1854 que le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge a été proclamé par le Pape Pie IX et c’est quatre ans plus tard qu’il fut confirmé par les apparitions de Lourdes à sainte Bernadette, la Vierge se présentant elle-même en disant «  Je suis l’Immaculée conception . »
Par ce dogme, l’Eglise affirme que le corps de Marie ayant été conçu sans péché « toute malédiction contre Eve a été effacée » (Theo) en particulier toute sorte de corruption c’est-à-dire la mort. Dès le VIe siècle, St Grégoire de Tours fut le premier théoricien de cette foi de l’Eglise, confirmée plus tard par St Albert le Grand , St Thomas d’Aquin et St Bonaventure. Le premier novembre 1950 le Pape Pie XII affirmait la foi de l’Eglise en l’Assomption de la Vierge Marie, fêtée le 15 août «  Nous affirmons, nous déclarons et nous définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste.  »

Sa place dans l’Evangile est discrète mais quand je pense à elle c’est l’image de la femme forte de l’évangile qui me vient à l’esprit. Elle accompagne la vie de Jésus du début à la fin, présence aimante, vigilante, fidèle, confiante mais en retrait, laissant la place à Jésus. La culture juive de cette époque mettait les femmes en arrière plan. Pourtant regarder vivre Marie est riche d’enseignement pour nous et si sa place est discrète elle demeure fondamentale dans l’histoire du salut. Elle est même unique étant fille bien-aimée du Père, épouse de l’Esprit Saint et mère du Christ.

On sait peu de choses de Marie sur ce qui a précédé la venue de l’Ange Gabriel. Mais je l’imagine mal en jeune fille évaporée ou capricieuse, cherchant à attirer l’attention sur elle. Je la vois souriante et gracieuse, tout en intériorité et prête, en somme, à accueillir l’inconcevable : devenir la mère de Dieu ! Marie, comme tous les Juifs de cette époque attendait le Messie, l’envoyé de Dieu, un roi qui allait délivrer le peuple juif du joug romain. L’annonce de Gabriel lui apprenant qu’elle serait enceinte d’un fils qui règnera sur la famille de Jacob bouleverse ses projets. Elle demande, très réaliste « Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ? » Après les explications de l’Ange, elle comprend que Dieu lui-même interviendra dans son corps, se servira d’elle pour réaliser son plan de salut. Alors la réponse que nous connaissons tous jaillira de ses lèvres. « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu le dis ».Elle est par excellence la servante avec qui Dieu partage ses projets, comme Jésus plus tard dira à ses disciples au sujet du serviteur fidèle » « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle amis parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père je vous l’ai fait connaître ».. Le serviteur partage les secrets du maître, il devient son confident, .une complicité s’instaure entre le maître et lui, en un mot il devient son ami.

L’attitude de Marie doit nous servir de modèle quand nous avons une mission à remplir. Tout d’abord discerner si la demande vient bien du Seigneur, prendre le temps de la réflexion. Puis dans un deuxième temps, accepter de le servir même si on ne comprend pas toujours bien comment cela se réalisera en se disant que si le Seigneur demande il aura la puissance de réaliser ce qui nous paraît impossible.

J’aime aussi imaginer l’intimité de Marie avec son fils avant sa naissance. La relation mère enfant a du prendre une acuité particulière. Porter son Dieu ! C’est une grâce extraordinaire. Son corps devenait le tabernacle de Jésus, le sauveur du monde. Que lui murmurait-elle dans le silence ? Nous aussi sommes appelés à être par la volonté de Jésus qui se donne à nous dans l’Eucharistie, tabernacles du Christ quand nous l’accueillons en nous. Nous partageons tout avec lui, l’associant à toute notre vie. Demandons à la Vierge de nous aider à prendre conscience de cette présence intime au cœur de nous-mêmes. Demandons lui la grâce de l’intériorité, du cœur à cœur avec Jésus.

Mais ce n’est pas parce que Dieu est à l’origine d’un projet que tout se passe sans problème ! On le voit bien dès la naissance de Jésus. Il a fallu du courage et une belle dose de confiance à Marie et Joseph quand ils ont du entreprendre le long voyage à pied vers Bethléem et qu’au bout de ce parcours épuisant pour une femme prête d’accoucher, ils ne trouvent même pas un lit pour les accueillir. J’imagine les murmures qui auraient habité ma pensée si cela m’était arrivé ! Être un vrai et bon serviteur nécessite un abandon confiant dans l’amour du Père qui ne peut pas nous abandonner. Marie nous donne l’exemple d’une docilité pleine de foi. Et il lui en a fallu quand la haine d’Hérode a obligée la sainte famille à fuir en Egypte. Rappelons nous, pour ne pas perdre courage quand les difficultés nous accablent, que Dieu ne nous soustrait pas aux épreuves, mais qu’il nous donne la force de les vivre.

Puis Marie est revenue à Nazareth. Elle savoure la joie de l’a
mour partagé avec Jésus et Joseph. Elle veille sur eux en faisant l’humble et parfois ingrat travail quotidien. Mais là aussi, Marie nous aide puissamment dans l’accomplissement de notre devoir d’état. Elle n’a rien fait d’extraordinaire mais elle a mis un tel poids d’amour dans tous les petits gestes ordinaires de sa vie modeste que c’est un encouragement pour nous. Il y a une sainteté du quotidien à laquelle nous sommes tous appelés.

Les Evangiles ne nous disent rien des années de la petite enfance de Jésus, juste cette phrase « il leur était soumis ». Les pères et les mères de famille que nous sommes aimeraient pouvoir en dire autant de leurs enfants…Jusqu’au fameux voyage à Jérusalem quand Jésus eut 12 ans.Tout s’était bien passé. Dans la ferveur et la joie, tous avaient chanté la gloire de Dieu. La fatigue, la chaleur n’avaient pas entamé l’ardeur de ces juifs pieux qui se déplaçaient à pied, traversant le pays pour accomplir ce pèlerinage. Quand je vois à la télé le pèlerinage que font les musulmans à la Mecque, je repense à ce fameux voyage où Marie et Joseph prennent conscience que quelque chose leur échappe. Ce fils docile, particulièrement facile à élever, fait une chose inconcevable à imaginer. Il ne suit pas ses parents quand ceux-ci repartent vers Nazareth et il ne les prévient pas. Il y avait foule à ce pèlerinage, une foule bruyante, colorée parmi laquelle il est facile de se perdre. Marie et Joseph croient leur fils avec des amis de son âge. Vu sa docilité habituelle il ne leur est pas venu à l’idée que Jésus ait pu rester au Temple sans les prévenir.
J’imagine l’angoisse qui les étreint quand ils constatent que Jésus n’est parmi aucun groupe de pèlerins, les reproches qu’ils se font intérieurement, l’incompréhension. Ils retournent sur leur pas, questionnent les gens autour d’eux dans un désarroi total, une solitude insupportable, ils remontent à contre courant la foule joyeuse qui quitte Jérusalem. Cette situation beaucoup de parents la connaissent. Des disparitions soudaines d’adolescents nous sont signalées trop souvent hélas à la télévision. Être parents est une responsabilité que le Seigneur nous confie pour laquelle bien souvent on n’est pas vraiment préparé.

Je tire deux conclusions de cet épisode.

Premièrement : Dieu a fait de nous des co-créateurs et c’est une grâce immense, mais la collaboration qui s’instaure entre Dieu et l’homme au moment de la conception d’un enfant ne cesse pas quand l’enfant grandit. Pensons à demander à l’Esprit Saint les qualités nécessaires pour accomplir cette tâche d’éducateurs qui nous dépasse.

Deuxièmement, quand Jésus répond à ses parents qui lui reprochent de leur avoir causé cette peur : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père » j’imagine la douloureuse prise de conscience de Marie. Son fils ne lui appartient pas, il est, avant d’être à eux, le Fils bien-aimé du Père créateur de toutes choses.

Cet épisode peut nous aider aussi à purifier l’amour que nous portons à nos enfants qui ne nous appartiennent pas. Cela nous apprend le détachement et le respect de ce qu’ils sont appelés à vivre, de ce que le Seigneur leur demande de vivre. Luc ajoute ensuite que la famille retourne à Nazareth, Jésus est à nouveau soumis à ses parents ; tout rentre dans l’ordre mais l’évangéliste précise « que Marie gardait tous ces événements dans don cœur ». La leçon a porté, Marie réfléchit, se remet probablement en cause et nous invite à en faire autant.

Arrive le temps de l’action. Pendant 30 ans Jésus ne fait pas encore parler de lui, mais les choses bouillonnent Jean-Baptiste réunit des foules, appelle à la conversion, il baptise tous ceux qui sont touchés par sa parole et annonce l’arrivée du Messie tant espéré. On sent que le temps de Dieu est arrivé. Jésus quitte Nazareth, va vers Jean et se fait baptiser par lui. Quelques disciples le suivent. La première manifestation, on dirait presque le coup d’envoi qui ouvre les trois folles années qui vont suivre, se passe à Cana. Marie est là ainsi que Jésus et ses amis. La scène est racontée par Jean 2,3 en quelques mots « Comme le vin manquait, la mère de Jésus lui dit : « ils n’ont pas de vin ». Imaginons la scène : Marie, invitée parmi tant d’autres a perçu l’agitation des serveurs et l’embarras de la famille. Quelle honte pour les mariés s’ils ne sont pas capables de satisfaire leurs invités !. Avec délicatesse et confiance Marie fait part de la situation à son Fils, sans en rajouter. Avec une certaine malice Jésus répond « Femme que me veux-tu ? » Il n’est pas dupe. Il sent la prière à peine formulée de sa mère. Elle ne lui demande rien, elle lui fait simplement part de ce qui est. Elle n’imagine même pas de solution mais elle a toute confiance en son fils qui pourtant lui dit « Mon heure n’est pas encore venue ».

Et là, j’aime à savourer ce passage qui ne dit pas ce qui se passe dans le regard échangé entre cette mère et son fils. Quelle complicité affectueuse les fait se comprendre au-delà des mots ! Marie a l’audace que l’amour permet. Elle se tourne alors vers les serviteurs et leur dit « Quoiqu’il vous dise faites-le ! » Voilà en quelques phrases le schéma de l’intervention bienveillante de Marie en faveur de nous tous. En mère attentionnée, elle perçoit nos besoins et alerte Jésus en qui elle a toute confiance. Jésus ne lui refuse rien et Marie se tourne vers nous pour nous inciter à faire comme elle qui ne doute jamais de la tendresse de Dieu. « Quoiqu’il vous dise ! » Même si ça vous paraît impossible ou même un peu farfelu…remplir d’eau six grandes jarres pour remplacer le vin ne paraît pas très raisonnable… « Quoiqu’il vous dise faites le ! » L’obéissance à la volonté de Dieu, voilà à quoi nous invite Marie ; elle prend en main nos demandes, les présente au Seigneur et nous aide à accomplir sa volonté. Quelle leçon pour nous encore aujourd’hui !

Pendant les trois années qui ont suivi, on parle peu de Marie sauf un épisode relaté par Matthieu, Marc et Luc. Jésus enseigne à la foule qui l’écoute avec admiration. Ses apôtres l’avertissent :« Ta mère et tes frères veulent te parler ». La réponse de Jésus nous déconcerte un peu et je me demande comment Marie l’a accueilli. « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère ». Comment aurions nous réagi devant cette phrase ? On ne dit pas ce que Marie en a pensé, ni si elle a été blessée. Mais j’aime à croire que sa foi l’a emporté sur sa sensibilité. Vivre en chrétien n’est pas vivre au niveau de ses sentiments mais au niveau de sa foi. Humblement, elle s’est tu, n’a pas revendiqué de privilège, elle s’est effacée devant la décision de son Fils. Pour nous cette réponse de Jésus est réconfortante car elle nous assure que de faire la volonté du Père nous introduit au sein de la famille. Nous avons tous nos chances, pas de pistonnés, pas d’« ayant droit ». Et si nous avons cette grâce immense d’être reconnu comme fils ou fille de Dieu, comme frère ou soeur de Jésus, nous n’avons rien à revendiquer. N’ayons dans le cœur, comme Marie, qu’une humilité reconnaissante en reconnaissant que, comme le dit l’apôtre Paul, c’est par pure grâce que nous sommes sauvés.

Nous retrouvons Marie au pied de la croix, toujours fidèle, toujours discrète. Les Apôtres, en proie à la peur, je dirai même à une panique liée à la déception de voir leur maître porteur de tant d’espérance, cloué sur la croix, s’étaient terrés. Parmi eux seul Jean avait osé braver la haine des ennemis de Jésus. Il raconte dans son Evangile 19,25 « Près de la croix de Jésus, se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala. Voyant sa mère et près d’elle le disciple qu’elle aimait, Jésus dit à sa mère « Femme, voici ton fils » Il dit ensuite au disciple « Voici ta mère ». Quelle sobriété dans les textes ! Mais on peut facilement imaginer la douleur de cette mère devant l’horreur du supplice de la croix où agonise son fils. Personnellement j’ai connu deux fois la douleur de perdre un enfant. A chaque fois la pensée de savoir que Marie comprenait par le dedans ce que je vivais m’a beaucoup aidé et réconforté. Comment ne serait elle pas toute compassion active pour ceux et celles qui pleurent leur enfant ? Marie est celle qui chemine fidèlement avec nous tout au long de notre vie et en quelque sorte elle enfante le Christ en nous.

Les textes ne disent rien sur les trois jours qui ont précédé la résurrection du Christ, ni de la façon dont elle a accueilli l’annonce que son fils vivait. Mais je suis certaine que son intuition maternelle lui a fait adhérer d’emblée à cette rumeur folle que les apôtres refusaient d’admettre. Jésus avait annoncé à plusieurs reprises sa mort et sa résurrection. Marie qui gardait tout en elle, a certainement cru tout de suite en la Parole. Quelle allégresse dans son cœur ! Puis les Actes des Apôtres racontent le départ de Jésus vers son Père, et leur retour au Cénacle dans la chambre haute. Ils se trouvent tous là et le texte dit « Tous, unanimes, étaient assidus à la prière, avec quelques femmes dont Marie, la mère de Jésus. ». Et c’est dans cette ambiance fervente en attente de l’Esprit Saint promis par Jésus que la Pentecôte arrive. Le souffle de l’Esprit bouscule toute l’assemblée. L’aventure de l’Eglise commence ; Marie, ombre discrète mais ô combien ardente, accompagne et soutient cette communauté naissante.

C’est en méditant sur la place de Marie que les Pères conciliaires le 21 novembre 1964 pouvaient déclarer « Nous proclamons Marie mère de l’église c’est-à-dire de tout le peuple de Dieu » Marie était désignée comme à la fois fille et mère de l’église : comme la fille de l’Eglise pace que créature sauvée par son fils elle est un modèle de foi pour tous les chrétiens ; comme mère et modèle de l’Eglise parce qu’ayant collaboré de manière étroite à l’œuvre de salut par la place qu’elle a tenue dans la naissance et la vie du Christ, elle a ainsi contribué à restaurer la vie surnaturelle dans nos âmes et continue de le faire ; elle ne cesse d’être une mère dans l’ordre de la grâce ». C’est pourquoi le Christ sur la croix, l’a donnée pour mère à toute l’humanité en la personne de Jean. (Théo)

Texte de l’enseignement de Jeanine Lefèvre, au Centre Saint Augustin le mardi 8 décembre, pour la fête de l’Immaculée Conception


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