Lundi 3 septembre 2018

Confession d’une grenouille de bénitier

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Un livre court, gai et tonique pour la rentrée !

J’avais rencontré Martine à plusieurs reprises, mais surtout aux messes de semaine à la cathédrale, l’été. Nous nous étions congratulées toutes les deux, en tant que grenouilles de bénitier, espérant toutefois appartenir à une nouvelle génération de grenouilles, modernes, décomplexées et bien dans nos baskets… ! Cet été, elle m’avait susurré : « Tu sais, mon livre, « Confession d’une grenouille de bénitier » sort à la rentrée. » - « Quoi ? Tu en as fait un livre ? » J’ai attendu avec impatience, avec gourmandise. Le voilà.

Une grenouille de bénitier qui râle

Cette grenouille, du fond de son bénitier, est une râleuse : « Dieu m’a donné une oreille musicale. L’enfer. Savait-il qu’à la messe, la musique est tellement laide qu’elle m’empêche de prier ? » Ou bien : « Une homélie idéale ? Deux phrases, pas plus, trois si on veut, mais qui nous toucheraient le cœur et alors on s’en souviendrait. Mais voilà, longues, longues sont-elles souvent, alors moi, Grenouille, je disjoncte ». Ou encore : « Ce jour-là, c’était la fête de l’Immaculée Conception et en trois secondes, j’ai perdu la foi. Enfin, presque… Déjà, agacement : l’Évangile était celui de l’Annonciation, ce qui n’a RIEN à voir….Ce n’est pas la fête de la conception de Jésus, mais celle de la conception de Marie. Il fallait à Jésus, Dieu fait homme, une mère non visitée par le péché… » Plus loin, le Credo en prend pour son grade : « Aujourd’hui, c’est un marmonnage absent de neurones endormis de l’assemblée… Moi, je ne le dis même plus. J’y crois, c’est tout. Le texte est vieilli, vieillot. J’y crois et Dieu le sait ». Alors que le Credo est un chant militant, une « affirmation guerrière », cette profession de foi devrait avoir une « allure d’hallali victorieux » !

Oui, elle râle. Il y a sans doute de quoi, bien souvent. Mais ne croyez pas que cette grenouille soit méprisante, arrogante ou pharisienne. Elle tempête aussi contre elle-même.

Une grenouille de bénitier honnête

« Tous les dimanches. C’est trop ! C’est maniaque, c’est maso »… « Car enfin, à la messe, j’y suis. Oui, j’y suis, malgré tout. »… « J’y suis pourtant et même je peux maintenant l’avouer : j’y suis aussi en semaine. » Oh ! elle y va, elle y retourne et je dirais même, elle s’y délecte. Au nom du Père : « Invoquer le nom de la croix me soustrait de mes impatiences… Il est le feu ardent ». « Je m’efforce de me concentrer, je plisse le front, je plisse mon âme et je confesse mes péchés en pensée, en paroles, par action et par omission avec mes frères, heureuse de ne pas avoir à les confesser tout haut, seule, devant mes frères, (car ce serait trop d’humiliation pour mon orgueil tapi au fin fond de mon moi profond). » Ailleurs, la grenouille mégote son obole au roumain qui mendie à la porte de l’église, puis à la femme assise par terre à la sortie de la pharmacie. Ciel, 4 € dans la journée ! Si Jésus lui dit que c’est à Lui qu’elle a donné 4 €, elle a carrément honte… Et si Il continue, ce n’est pas le chiffre qui compte, c’est l’amour que tu as déployé, alors là, la Grenouille est écarlate : elle a donné par agacement, pour ne pas avoir mauvaise conscience…

Oui, on aimerait tous être aussi honnêtes que cette grenouille car elle est très consciente de son indignité. Alors, quand cela la ronge trop fort et « qu’elle est à deux doigts de prendre un Lexomil », elle se souvient du publicain, et elle ose lever les yeux vers le ciel.

Une grenouille de bénitier qui croit et qui prie

Ce livre est plein d’éclairs, de fulgurences, d’éblouissements, d’amour, de reconnaissance. Par exemple : sommes-nous bouillants d’amour pour Dieu ? « Car seul le bouillant peut entendre les coups timides du Seigneur à sa porte… nous prions si peu le Seigneur que ses appels par petits coups frappés sont inaudibles. La tiédeur nous rend apathiques… » Ou encore, plus loin, « le prêtre a chuchoté, comme presque toujours, comme s’il voulait la garder pour lui tout seul tellement elle est belle, cette sublime prière, inconnue des habitués du seul dimanche : Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité ». Enfin, quand la Présence devient réelle, la prière de la petite grenouille devient dialogue intime… waouh…

Ce petit livre au format carré, à peine 190 pages de beau papier, texte aéré, caractères élégants… a ouvert mon cœur de grenouille à de larges horizons.

Vous allez peut-être dire que la grenouille que je suis n’a pas beaucoup dé-cor-ti-qué et a-na-ly-sé le livre de sa sœur de bénitier, qu’elle s’est contentée de citer des phrases entières. Et alors ? Vous préférez qu’on vous parle de chocolat ou qu’on vous le fasse goûter ?

Confession d’une grenouille de bénitier. Martine Digard. Saint-Léger éditions, 2018.

Mariée, quatre enfants, agrégée de lettres, Martine Digard a enseigné dans des lycées publics pendant une quarantaine d’années. En même temps elle a suivi assidûment des cours de théologie au Collège des Bernardins. Auteur d’un premier livre Lettre à tous ceux qui cherchent Dieu, aux éditions l’Harmattan en 2014, elle enseigne maintenant un cours d’études bibliques à des étudiants, et s’occupe du catéchuménat et du néophytat de sa paroisse. Elle vient régulièrement en vacances, ici, dans la paroisse Saint-Tugdual de Tréguier.